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| Irak Les prisonniers en Irak |
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«Stop ou je tire ! On est ici pour vous aider» Amers ou sans états d'âme, les premiers témoignages en livres de soldats américains de retour d'Irak: Par Christophe BOLTANSKI mercredi 08 mars 2006 la fin de l'invasion de l'Irak, le capitaine Nathaniel Fick (1) et ses marines entrent sans rencontrer de résistance dans Muwaffiqiya, une bourgade au sud de Bagdad. Ils avancent lentement. Ils sont nerveux. La radio vient de les prévenir que des fedayins opèrent dans la zone et préparent des attentats-suicides. Ils établissent un barrage pour permettre au reste du convoi d'avancer quand, à un carrefour, survient une voiture. «Véhicule en tête. Voiture bleue. Trois ou quatre passagers», lance un soldat. «Roger. Escalade de la force.Ne le laissez pas passer !», crie l'officier. Ils procèdent à un tir d'avertissement, puis ouvrent le feu. La voiture sort de la route, s'immobilise. Le chauffeur gît derrière son volant, sa tunique maculée de sang. Chaque soldat américain mué en auteur possède son histoire de bavure mortelle au check point. Les victimes ne sont ni kamikazes ni combattants. Elles ont commis l'erreur de ne pas s'être arrêtées à temps ou d'avoir juste surgi au mauvais endroit et au mauvais moment. «Tout le monde pissait de trouille, raconte le sergent-chef Jimmy Massey dans Kill ! Kill ! Kill ! (2). Quand le camion tracteur orange a déboulé, l'un de ses hommes a levé le poing pour faire signe au chauffeur de s'arrêter. Sans effet. Nous avons tous ouvert le feu. Sans sommation... Un homme en feu, d'une soixantaine d'années, a sauté de la cabine et s'est mis à courir vers l'autoroute en essayant d'éteindre les flammes.» Spectacle gore. Avec les premières relèves arrivent les premiers livres. Trois ans après le début des hostilités, les témoignages des vétérans américains de retour du Moyen-Orient se multiplient. Chaque conflit génère son genre littéraire : épique pour la Seconde Guerre mondiale, tragique au Vietnam. Et trash pour l'opération Iraqi Freedom. La matière se compose de blogs, de lettres personnelles, de détails bruts jetés furtivement sur le papier entre deux patrouilles. Les scènes de combat oscillent entre jeu vidéo et spectacle gore. La vie de garnison fournit des huis-clos dignes de reality show. Question d'époque, de culture, de contexte aussi. L'Irak inspire à ses conquérants des récits décousus sans message, sans direction, sans lauriers, sans louange ni critique. Pas de diatribe contre l'US Army ou George W. Bush, pas davantage de grands couplets patriotiques. Les militaires ne viennent pas instaurer la démocratie, libérer un peuple ou détruire des armes de destruction massive, juste faire leur «boulot» et «rester vivants». Ils ne croient guère aux objectifs proclamés par leurs gouvernants. Les buts de la guerre ? «C'est le pétrole et le profit», assène le sergent-chef Massey. «Les mensonges qui nous ont amenés là, qui ont coûté la vie à certains et blessé beaucoup d'autres, seuls les plus chauvins d'entre nous les ont gobés», écrit de son côté Kayla Williams, sergent à la division du renseignement militaire au 101e Airborne. Dans Love My Rifle More Than You («J'aime mon fusil plus que vous») (3), cette jeune femme raconte ses désillusions successives. Elle dénonce le machisme et la xénophobie de ses compagnons d'armes, relate «des choses» qu'elle aimerait «oublier». Parlant arabe, il lui arrive de participer à des séances d'interrogatoires. Elle doit humilier les prisonniers qui défilent nus devant elle. Elle s'acquitte de sa tâche sans enthousiasme ni talent, mais sans protester, en alignant quelques remarques sur la taille de leur sexe : «Tu crois que tu vas satisfaire une femme avec ça ?» Il y a aussi les tortures, les coups, les brûlures de cigarette, les blessures, parfois un décès. «Il n'y a pas qu'Abou Ghraib. اa s'est produit ailleurs.» Elle émet de timides protestations, puis rentre dans le rang. Ces chroniques de guerre permettent de mieux comprendre pourquoi l'armée américaine n'a pas réussi à «gagner les coeurs et les esprits» de ceux qu'elle venait «libérer». Dès le début, les relations avec les «locaux» s'enveniment. Les premières semaines après la chute de Saddam ne sont qu'une suite d'abus, d'accidents, de malentendus. Les barrages, souvent les seuls points de contact avec la population, deviennent des champs de tirs. Il n'y a pas de panneaux en arabe pour ordonner aux automobilistes de s'arrêter. Dans Kill ! Kill ! Kill !, une escouade ouvre le feu sur des manifestants désarmés qui crient des slogans antiaméricains, dans une banlieue de Bagdad. Un soldat a tiré, ses compagnons l'ont imité. Quatre morts. «Trop de soldats se comportaient comme s'ils étaient à la chasse», regrette le sergent Williams. A la différence des soldats britanniques, ces marines ou ces GI's n'ont pas d'expérience des missions de «maintien de paix». Rien ne les prépare à ce qui les attend. Avant de déferler sur l'Irak, les hommes du capitaine Fick apprennent deux phrases en arabe : «Stop ou je tire !» «On est ici pour vous aider.» Le soldat Colby Buzzel, 28 ans, a droit à un enseignement d'une heure. «Aujourd'hui, on nous a donné des notions de coutumes irakiennes et d'arabe. J'ai dormi pendant la moitié du cours», note-t-il dans My War, killer time in Iraq. «Putain de terroriste». Ce fils de militaire tient un blog qui, à son retour, devient un livre. Au chômage, il a signé pour deux ans avec l'armée parce qu'elle lui offrait un bonus de 4 000 dollars à l'embauche, deux semaines de permission par an et une assurance qui couvre ses soins médicaux et dentaires. Il cherche aussi l'aventure et la trouve dans les rues de Bagdad. «Je déteste le dire car ça peut sembler raciste, mais n'importe qui ressemble à mes yeux à un putain de terroriste. N'importe qui. Et, mec, ils sont partout. J'ai vu deux types avec des AK-47 sur un pont, ils n'avaient pas d'uniforme, mais devaient appartenir à la police car personne dans mon peloton ne leur a tiré dessus», écrit-il après son arrivée dans la capitale irakienne. Ces militaires regagnent leur pays désabusés, souffrant parfois du syndrome de stress posttraumatique, mais pas révoltés. Une fois démobilisée, Kayla Williams proclame son désir de retourner en Irak pour «finir ce qu'on a commencé». Nathaniel Fick achève son ouvrage par : «Je suis fier.» Seul Jimmy Massey souhaite dénoncer les exactions commises en Irak, avoue souffrir de troubles psychologiques, dit ne plus pouvoir se regarder dans la glace. Son livre n'a pas trouvé d'éditeur aux Etats-Unis. http://www.liberation.fr/page.php?Article=365355 |
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