Forums Forums


Précédent   Forums > Infos des détenus > Guantanamo

Guantanamo Les prisonniers à Guantanamo

Réponse
 
LinkBack Outils de la discussion Modes d'affichage
  #1 (permalink)  
Vieux 25/07/2006, 12h14
Senior Member
 
Date d'inscription: juillet 2006
Messages: 179
Par défaut Témoignage de Jumah al-Dossari

assalamou 3alaykoum,


Les pénibles épreuves du séjour
dans les camps de détention américains

Témoignage de Jumah al-Dossari,
détenu à Guantánamo




Amnesty International
Document public
Index AI : AMR 51_107_2005
Section française06_COO_033


Ceci est le témoignage de Jumah al-Dossari, rédigé en juillet 2005 au centre de détention des Etats-Unis sur la base navale de Guantánamo Bay à Cuba. Ce texte manuscrit a été remis à Amnesty International par l'avocat civil de Jumah al-Dossari. A la date de publication, Jumah al-Dossari reste détenu à Guantánamo Bay. Ce témoignage est le récit personnel de son expérience en détention aux mains des Pakistanais et des Américains, et les opinions exprimées sont les siennes.

Quand j'ai pris le stylo, ayant décidé d'écrire ce que j'avais souffert et la tragédie que j'ai traversée, j'étais incapable de décider où et comment commencer. Ce que j'ai vu, c'est une immense tragédie, c'est quelque chose de très lourd, beaucoup trop lourd pour que je puisse l'écrire. En vérité, les horreurs que mes yeux ont vues et continuent de voir renouvellent mon anxiété et ma souffrance, et tout mon être, tout ce que je suis tremble à leur seul retour en éclair dans ma mémoire. Comment mon coeur pourrait-il oublier et comment mon âme qui a traversé ces horreurs peut-elle continuer à vivre? Ma main tremble en tenant le stylo. Comment vais-je décrire ces tragédies ? Oui, ces tragédies, dans tous les sens possibles du mot. Comment vais-je décrire ces horreurs, et faut-il que j'avale cette boule amère qui se forme dans ma gorge quand je me les rappelle ? Ces tortures abominables et ces agressions ignobles qui m'ont profondément humilié et continueront à entacher l'histoire de manière infâme, des souvenirs qui, chaque fois que j'y retourne, font que je m'interroge : comment mon coeur tendre a-t-il pu subir cela, comment mon corps a-t-il pu supporter la douleur de la torture et comment mon esprit a-t-il pu survivre à tout ce stress? Comme j'aimerais que mes souvenirs et mes pensées puissent s'effacer. Mais pour moi, si j'en oublie la réalité et les effets, il reste encore des souvenirs; je suis marqué pour la vie par ce qui m'est arrivé, par mes blessures, mon affliction, ma douleur et ma tristesse. Depuis ce lieu, depuis les ténèbres des prisons et les profondeurs du camp de détention, j'écris sur ce que j'ai souffert. J'écris sur ma douleur et ma souffrance. J'écris une histoire qui n'a pas de fin. J'écris sur la souffrance que je subis depuis des mois et des années. Depuis ce lieu, de derrière les murs de ces horribles cellules, j'écris ces lignes sur cette partie de ma vie qui s'est passée et qui continue encore dans les camps de détention américains ; des lignes sur l'humiliation, l'indignité, l'oppression, les privations et les attaques contre ma religion, ma personne, ma dignité et mon humanité. Depuis ce lieu, des profondeurs de la dégradation qui attente à la dignité d'un être, attaque sa religion, sa personne, son honneur, sa dignité et son humanité, et tout cela au nom du combat contre le terrorisme. J'écris pour ceux qui liront ces mots. J'écris l'histoire de ce que j'ai souffert depuis le jour où j'ai été enlevé sur la frontière du Pakistan et vendu à des troupes américaines, jusqu'à ce jour, où je me trouve à Guantánamo, à Cuba. Ce que je vais écrire ici n'est ni un produit de l'imagination ni un moment de folie. Ce que je vais écrire ici, ce sont des faits établis et des événements attestés par des détenus qui en ont été les témoins oculaires, des représentants du Comité international de la Croix Rouge (CICR), ainsi que des soldats, des enquêteurs et des interprètes. Tous ces incidents ont été filmés et le film en est conservé quelque part dans des archives secrètes.


Mon arrestation et le traitement infligé par les autorités pakistanaises


Mes souffrances et ma tragédie ont commencé lorsque je suis parvenu à la frontière du Pakistan en venant d'Afghanistan. La j'ai rencontré une unité de l'armée pakistanaise qui était là pour enlever les gens qui quittaient l'Afghanistan. Quand je les ai rencontrés, je leur ai dit que je voulais aller à l'ambassade de mon pays ; ils m'ont accueilli avec toute leur traîtrise, leur duplicité et leur méchanceté, et ont commencé à me transférer de prison en prison le long de la frontière et même sur la base militaires pakistanaise dans la ville frontière de Kohat. J'ai passé par plusieurs petites prisons où se produisaient de nombreuses violations des droits humains. Auparavant, j'avais rencontré plusieurs personnes lorsque j'étais sur la frontière, des gens de différentes nationalités. Ils avaient quitté l'Afghanistan et l'armée pakistanaise nous a maltraités et nous donnait la pire et la plus affreuse des nourritures. Ils m'ont placé dans une cellule de 4 m sur 4 m dans laquelle il y avait 59 prisonniers sans matelas, couvertures, ni toilettes ; il n'y avait qu'un seul seau dans la cellule pour que tout le monde se soulage, sans paravent. Du fait que nous étions si nombreux dans un espace si restreint, nous étions assis sans bouger et nous étions si serrés que nous étions au bord de la suffocation. Nous sommes restés plusieurs jours dans cette situation. Il ne nous ont pas donné de nourriture à l'exception de quelques miches de pain dur. Les hommes ont commencé à les payer pour acheter de la nourriture. Ils ont volé l'argent et ne nous ont apporté qu'un peu de nourriture. Dans les prisons pakistanaises, ils volent l'argent de la plupart des prisonniers et même les biens personnels comme les vêtements, les chaussures et les montres. Ils ont volé beaucoup de passeports de prisonniers qui étaient de nombreuses nationalités et ils nous ont maltraités. Ils m'ont maltraité personnellement et m'ont battu plusieurs fois pendant les interrogatoires. La pire de nos tribulations était lorsqu'on nous transportait d'un lieu à un autre. On nous attachait de la manière la plus brutale, au point que certains d'entre nous ont eu les doigts gangrénés et que nos mains et nos pieds enflaient et devenaient bleus. Il nous attachaient pendant longtemps dans des camions militaires, quelquefois du lever du jour à la nuit, en plus des heures passées pour les déplacements en camion. Souvent cela prenait très longtemps. Et tout cela pendant que nous étions toujours attachés de la même façon et pendant tout ce temps nous ne pouvions ni aller aux toilettes ni faire nos prières. Nous les faisions en gesticulant et en priant sans nous purifier. Nous n'avions ni nourriture ni boisson. Certains des frères étaient malades et devaient se soulager pendant qu'ils étaient attachés. Leur urine se répandait sur certains d'entre nous. Quand ils nous mettaient en cellule et que nous protestions contre les mauvais traitements, ils nous faisaient peur en pointant leurs armes sur nous. Une fois, un soldat nous a tiré dessus pour nous effrayer et nous terroriser ; la balle s'est logée dans le plafond de la cellule. Notre situation restait mauvaise. Une fois pendant le transport, il y a eu une bagarre entre des prisonniers et des soldats pakistanais. Le bus dans lequel cela s'est produit précédait le mien. Le bus s'est renversé devant nous et les deux côtés ont commencé à se tirer dessus car certains des prisonniers avaient pris les armes de soldats pakistanais. L'armée pakistanaise a commencé à tirer dans tous les sens. Des balles volaient au-dessus de nos têtes et ont blessé de nombreux prisonniers et des soldats pakistanais. Ils ont également tué un certain nombre de gens des deux côtés. Ensuite l'armée pakistanaise nous a tous maltraités jusqu'à ce que les choses se calment à la base de l'armée pakistanaise dans la ville de Kohat, dans la montagne. Ils nous ont donné la pire des nourritures : des haricots vraiment horribles. Il n'y en avait que quelques-uns au fond d'un seau **** plein d'eau et d'huile mélangées, sans sel. Certains des frères ont fait la grève de la faim et j'en faisais partie. Je voulais aller à l'ambassade de mon pays mais je ne pouvais pas me lever parce que j'étais si fatigué et affamé. Si je me levais, je retombais et je perdais connaissance. Je suis presque mort de faim et je suis presque tombé malade en raison de la ****té de cet endroit. Ils nous ont mis une autre sorte d'entraves aux pieds, non pas des chaînes mais des barres de fer avec un anneau autour du pied à partir duquel partait une barre de 50 cm puis une charnière métallique d'où une autre barre de 50 cm revenait à l'anneau sur l'autre jambe. C'était fixé autour de la jambe par un clou enfoncé avec un marteau de fer au lieu d'avoir une serrure et des clefs. Ces entraves étaient toujours à nos pieds continuellement de sorte que nous ne pouvions pas dormir, marcher, nous soulager, nous laver, nous déshabiller. C'est dans cet état que nous étions tout le temps que nous sommes restés à Kohat. Il faisait très froid et les couvertures qu'ils nous donnaient étaient la pire des choses que j'ai jamais vues. Elles étaient infestées d'insectes, de puces et de poussière. Elles ne nous tenaient pas du tout chaud. Les avoir, c'était la même chose que de ne pas en avoir, en fait il aurait mieux valu ne pas en avoir. Jamais il ne nous ont donné de matelas pour dormir. Ils nous ont dit qu'une organisation de défense des droits humains voulait nous rencontrer et nous renverrait dans notre pays.

En fait ils nous ont remis aux forces américaines. Ils nous ont conduits en un endroit spécial de la même prison où nous avons été interrogés par des officiers de renseignement américains. Nous allions un par un dans plusieurs petites pièces pour les interrogatoires; ils prenaient nos photos et nos empreintes et nous interrogeaient. Certains de ces enquêteurs insultaient les prisonniers et l'Islam, les savants musulmans, et il s'est produit de nombreuses choses que je n'ai pas besoin de raconter. Ensuite, au bout de deux jours, ils nous ont conduits dans une autre pièce et nous ont remis des vêtements qui avaient été donnés par les forces américaines : c'étaient des combinaisons fabriquées au Koweit, c'était indiqué en arabe au dos. Ils ont apporté des fers américains et ont commencé à briser les entraves faites de barres, mais celle placée sur mon pied refusait de casser parce que les clous qui la fixaient étaient très solides. Mon entrave ne s'est pas brisée ni même celle de deux autres prisonniers. Alors, à 11 heures exactement, à partir de cette heure-là, (les Américains nous transportaient toujours de nuit), ils m'ont emmené avec les prisonniers à la base militaire de Kohat après nous avoir lié les mains derrière le dos, attaché les jambes et bandé les yeux. Ensuite ils nous ont mis dans des camions militaires. Quand nous sommes arrivés à l'aéroport, un avion militaire américain, des soldats américains et une interprète américaine qui parlait arabe nous attendaient. Ils nous ont pris un par un et nous ont remis aux soldats américains. Le marché était conclu et ils nous ont vendus pour quelques dollars, nous ne les intéressions pas.


Sous la garde des Américains en Afghanistan


Après qu'ils m'aient remis aux forces américaines et que les soldats pakistanais furent partis, mes véritables souffrances ont commencé à ce premier stade lorsque l'interprète est venue vers moi. Mes yeux étaient encore bandés. Elle m'a dit : "vous devez obéir aux ordres, ne pas parler, et vous serez fouillés par les soldats". Après cela, les soldats m'ont jeté à terre sur le tarmac de l'aéroport et ont commencé à me fouiller soigneusement avec violence. Ensuite ils m'ont empoigné et conduit brutalement jusqu'à l'avion et m'ont mis sur le plancher de l'avion comme on le ferait pour une caisse que l'on charge et que l'on attache. Ils m'ont attaché avec des chaînes, les mains liées derrière le dos. Ils ont enlevé le bandeau que les soldats pakistanais m'avaient mis sur les yeux et ils m'ont placé un genre de sac sur la tête. Ils m'ont attaché avec des chaînes au plancher de l'avion et les chaînes étaient fixées à des anneaux sur celui-ci. Leur manière de nous attacher était compliquée et très serrée sur notre corps. Ils nous mettaient des chaînes sur le ventre par devant et sur le dos par derrière, et me faisaient pencher la tête en avant. Quand nous avons tous été dans l'avion, (nous étions approximativement 30), ils ont fermé la porte de l'avion qui de l'intérieur portait l'inscription "conçu pour transporter des machines". Après avoir fermé la porte, les soldats ont commencé à crier, à hurler et à nous insulter en utilisant les injures les plus vulgaires et d'horribles jurons. Ils ont commencé à nous frapper et nous ont pris en photo; j'ai vu le flash. J'avais une douleur violente à l'estomac (j'avais été opéré de l'estomac et il y avait une plaque de métal à l'intérieur); lorsque je me suis plaint d'avoir très mal, un soldat est venu et a commençé à me donner des coups de pied dans le ventre avec ses bottes militaires jusqu'à ce que je vomisse du sang. Je ne sais pas combien d'heures je suis resté dans cet état alors que nous allions de la base de Kohat à l'aéroport de Kandahar où il y a une base militaire américaine. Combien c'est douloureux de revenir sur ces souvenirs de souffrance; ces événements tragiques sur l'avion n'étaient que le début des horreurs qui m'attendaient au camp de l'armée américaine à Kandahar.

Nous sommes arrivés sur l'aéroport de Kandahar après minuit. C'était un vendredi soir au début janvier 2002. Après avoir atterri à l'aéroport, on nous a descendus sur le tarmac où il faisait extrêmement froid. On nous a fait coucher sur le sol de l'aéroport et nous n'avions pas de vêtements pour nous protéger du froid car les soldats pakistanais avaient volé nos vêtements, même nos sous-vêtements et tout ce que nous avions. Les soldats ont alors commencé à nous battre et à nous marcher dessus alors que nous étions face contre terre. La bastonnade et les coups de pied étaient si violents que le sac en jute est tombé de sur les yeux de l'un des frères. Il a vu les soldats pointer leurs armes sur nous et il a crié: "mes frères ils vont nous tuer"; l'un des soldats l'a frappé à la tête avec la crosse de son arme et il a perdu connaissance... Au bout de plusieurs heures sous les coups par un froid glacial, ils nous ont fait mettre debout en file indienne. Ils ont commencé à nous entourer le bras droit d'un fil de fer très solide; chacun de nous était attaché à environ 2 m de la personne qui était devant lui. Après cela, ils ont tiré sur le fil et ont commencé à nous faire courir vers l'inconnu. Quand nous avons approché des tentes qui avaient constitué un camp, ils ont commencé à nous insulter violemment. Les prisonniers se sont mis à crier et à hurler à cause de violentes souffrances (il y avait beaucoup de jeunes parmi nous) et les soldats ont redoublé d'insultes et de coups et ceux d'entre nous qui tombaient devaient se traîner sur le sol, sur l'asphalte de l'aéroport, alors que les autres continuaient à courir. Comme je l'ai déjà indiqué, j'avais encore les entraves pakistanaises, ce qui me rendait la marche très difficile, aussi j'ai été parmi ceux qui sont tombés et qui se traînaient sur l'asphalte. J'ai essayé de me mettre debout et de marcher mais je n'ai pas pu. Après cela, nous sommes entrés dans les tentes ils ont commencé à nous frapper avec une extrême violence; j'ai perdu connaissance plusieurs fois à cause de la brutalité des coups. Une fois je suis tombé en perdant connaissance et je me suis retrouvé la tête sous la botte d'un soldat qui a commencé à me frapper brutalement. Je me suis évanoui à nouveau et je suis revenu à moi alors que le soldat urinait sur ma tête et sur mon dos en riant bruyamment. J'étais encore allongé sur le ventre; il m'a soulevé la tête par les cheveux et a commencé à me donner des coups de pied dans la figure et à m'enfoncer la botte dans la bouche jusqu'à ce que mon visage et mes lèvres soient coupés, mon visage enflé, et le sang coulait abondamment. Ensuite il a commencé à me frapper sur l'oeil; j'ai failli devenir aveugle, et je n'y ai échappé que par la grâce et la miséricorde d'Allah. Nous sommes restés longtemps dans cet état. Ensuite les soldats ont commencé à nous conduire un par un dans une autre tente. Quand mon tour est venu, un soldat est arrivé avec une scie électrique et il a scié l'entrave pakistanaise et l'a remplacée par une américaine. Ils m'ont conduit à cette tente en me tirant par la tête. Là, il y avait un interprète égyptien grossier qui nous maudissait ainsi que notre famille et notre honneur en termes violents. Il nous criait: "Vous faites partie d'Al Qaïda, vous êtes des terroristes, vous êtes des *****s" et d'autres insultes que j'aurais horreur de répéter. Ensuite ils m'ont fait déshabiller complètement ainsi que les autres prisonniers, enlever ces vêtements pour la plupart déchirés par les coups que nous avions reçus. Ensuite ils nous ont photographiés et nous ont examinés. J'avais du sang partout, le visage enflé d'avoir été frappé et d'avoir reçu des coups de pied, et j'avais des coupures sur tout le corps. Cela a été filmé en vidéo et j'ai des photos de moi-même dans cet état; un enquêteur m'a montré certaines de ces photos pendant une séance ultérieure d'interrogatoire à Cuba. Nous n'avions pas le droit de parler ni de nous plaindre; les personnes qui se plaignaient étaient battues sévèrement. La plupart des coups étaient concentrés sur les endroits sensibles, comme les yeux, le nez et les parties génitales. Ensuite ils nous ont conduits dans une vieille construction en métal destinée à l'entretien des avions sur l'aéroport. Ils avaient divisé l'intérieur en plusieurs enclos séparés par du fil de fer barbelé. Ils nous ont tous fait entrer dans l'un de ces enclos qui ressemblait à un parc à moutons. Pendant que les soldats m'emmenaient dans cette partie de la tente, ils me frappaient avec beaucoup de brutalité et me cognaient la tête contre les parois métalliques. Je ne portais pas de chaussures, je marchais pieds nus et ils me faisaient marcher sur les fils barbelés. Quand je suis entré dans cette construction en métal, c'était le lever du jour et nous avons dit les prières de l'aube. Je priais assis parce que j'étais si épuisé de fatigue et de souffrance. Dans ce bâtiment ils [illisible] des lumières bien au-dessus de nous de sorte que nous ne pouvions pas voir les soldats qui étaient postés au-dessus dans le bâtiment. Si l'un d'entre nous bougeait ils criaient et nous menaçaient très fort. Au bout d'une heure plus, ils ont commencé à nous emmener un par un sous la tente d'interrogatoire. Quand ils voulaient prendre l'un de nous, ils nous ordonnaient de nous coucher au sol sur le ventre, puis il nous attachaient les mains derrière le dos. Lorsque mon tour est venu, deux soldats m'ont empoigné. J'étais pieds nus, et ils m'ont frappé avant que je sois en présence de l'enquêteur. Ils me cognaient la tête contre la construction en métal et me faisaient marcher sur le fil barbelé. Ils tiraient mes mains si haut derrière mon dos que mes épaules se disloquaient presque. Quand je suis entré sous la tente d'interrogatoire, j'ai vu qu'il y avait deux Américains parmi les enquêteurs, l'un était blanc et l'autre noir. Je leur ai dit: "Pourquoi me torturez-vous alors que vous n'avez même pas commencé à m'interroger? Que voulez-vous de moi? Donnez-moi un morceau de papier et je signerai tout ce que vous voudrez". Il m'a répondu: "Il n'y a pas de torture ici ni de mauvais traitements". Il voyait bien dans quel état j'étais ! Quand ils ont eu fini de m'interroger, il est parti et je ne l'ai plus revu. Les soldats sont revenus, m'ont frappé et m'ont conduit dans un endroit où il y avait des éclats de verre. Ils m'ont forcé à marcher dessus pieds nus puis l'un des soldats m'a poussé par derrière. Je suis tombé sur le verre de face. Allah a protégé mes yeux des éclats de verre. Plusieurs prisonniers ont été blessés aux yeux et plus de trois des frères sont devenus aveugles. Les soldats voulaient qu'ils soient aveugles alors ils poussaient ceux qui avaient perdu la vue pour qu'ils tombent sur le visage alors que leurs mains étaient attachées derrière leur dos, et ils tombaient soit sur des pierres, soit sur le verre ou sur autre chose, ils [illisible] les yeux et ne se plaignaient qu'à Allah. Quant aux nez cassés, beaucoup d'entre nous avaient le nez cassé, et moi aussi, par les coups. Ensuite les soldats m'ont ramené en quad à un endroit à l'extérieur du bâtiment en métal , dans un de ces enclos entourés de fils barbelés. L'un des soldats qui m'avaient conduit là m'avait frappé et j'étais dans un état lamentable, aussi je lui ai dit que je voulais voir un docteur. Il m'a regardé, l'air soupçonneux, et a dit: "Un docteur?! Nous vous avons emmenés ici pour vous tuer !" Puis il m'a crié au visage "Ne dis plus rien". À midi, ils m'ont conduit dans un enclos entouré de barbelés au milieu duquel se trouvait un abri sans toiles sur les côtés contre les éléments; le plafond et les montants de la tente étaient en bois et il y avait environ 20 à 25 prisonniers dessous. C'est ainsi qu'étaient les camps à Kandahar. Quand j'ai vu les autres prisonniers, cela m'a consolé parce que je me suis aperçu que la plupart avaient souffert autant que moi. La plupart de nos vêtements étaient déchirés à force de recevoir des coups. Nous n'avions pas le droit de parler. Ils nous ont donné à chacun une couverture pour dormir et une pour nous couvrir. Le climat en hiver est extrêmement froid à Kandahar. Ils ne nous permettaient pas de faire nos ablutions pour la prière ni de procéder au ghusl (ablution complète). Il nous donnaient une cruche d'eau par jour et une le soir avec chaque repas. Ces cruches étaient fabriquées aux Émirats et à Bahrein. Les soldats répétaient constamment le mot "croisade". Ils utilisaient aussi fréquemment l'expression "guerre sainte". Souvent ils maudissaient Allah et le prophète ******* (Paix et Bénédiction sur lui), en utilisant les plus abjectes insultes. Des représentants du CICR nous ont apporté des exemplaires du Coran imprimés au Pakistan. Les soldats traitaient le Coran de façon horrible : ils le jetaient à terre pendant les fouilles dans les camps. Ils nous donnaient des seaux pour nous y soulager; quand ces seaux était pleins d'ordures, de déjections et d'urine, il les vidaient dans un grand fût. Ces fûts étaient emportés hors du camp. Une fois, un soldat est venu, il avait un exemplaire du Coran à la main. Il a dit: "Voilà votre Coran sacré en anglais", et il l'a mis dans le seau plein de matières fécales et d'urine. En faisant cela il riait très fort. Ceci s'est reproduit plusieurs fois. Tous les prisonniers, en particulier ceux qui étaient avec moi dans ce camp, et dans d'autres, ont vu cela. Une fois alors qu'ils vidaient les seaux dans le fût, nous avons vu un exemplaire du Coran qui flottait au-dessus des matières fécales, de l'urine et des ordures dans l'un des fûts. Toute puissance et toute force appartient à Allah! Les exemplaires du Coran étaient inspectés chaque jour d'une manière très grossière; ils étaient jetés à terre et les Corans ont été bientôt éventrés, et les soldats les jetaient dans la poubelle sous nos propres aux yeux. En de nombreuses occasions, nous avons trouvé des exemplaires du Coran avec l'empreinte des bottes des soldats dessus et certains d'entre eux portaient des malédictions ordurières et infâmes ainsi que des jurons en anglais écrits dessus. J'ai vu une soldate entrer lors d'une fouille du camp, jeter le Coran sur le sol, puis elle a commencé à tourner les pages de son pied avant de l'envoyer dans un recoin d'un coup de pied. Les soldats, à Bagram, jouaient avec le Coran comme avec un ballon de football, ainsi qu'à Kandahar. J'ai vu cela de mes yeux . Ils prenaient des exemplaires du Coran, en arrachaient des pages et les utilisaient pour nettoyer leurs bottes et les faire briller. Ils arrachaient aussi des pages pour nettoyer les matières fécales et l'urine qui restaient dans les seaux. Plusieurs soldats ont fait cela et la plupart des prisonniers les ont vu le faire.

Pendant cette période, j'ai été transféré au dispensaire du camp en raison de mon état de santé lamentable. Ils m'emmenaient pour les interrogatoires qui avaient surtout lieu la nuit; ils me battaient sévèrement et me disaient d'avouer que j'étais un terroriste !! Une fois, sous les coups brutaux et excessifs, l'un des fers que j'avais aux pieds s'est cassé. Une autre fois ils m'ont versé un liquide bouillant sur la tête et l'enquêteur a écrasé sa cigarette sur mon pied. Je lui ai dit : "Pourquoi me traitez-vous ainsi?" Alors il a pris une cigarette, l'a écrasée sur mon poignet droit en disant "je fais cela au nom du Christ et de la Croix" . Une fois, ils m'avaient battu si durement que mes vêtements étaient en lambeaux et l'on voyait mes parties génitales. J'essayais de me couvrir mais ils ont commencé à me frapper à coups de bottes. Ils m'ont enlevé mes vêtements et m'ont couché à plat sur le sol. L'un des soldats m'a uriné sur la tête et le visage après que l'un des autres m'eut soulevé la tête en m'attrapant par les cheveux. Après cela, un soldat a apporté de l'essence et me l'a injectée dans le pénis. J'ai hurlé parce que c'était extrêmement douloureux. Ils m'ont ramené au camp après une longue nuit de torture. Je saignais là où ils avaient injecté l'essence et c'était très enflé, alors j'ai demandé à voir le docteur. Quand j'ai vu le docteur et lui ai dit ce qui s'était passé, il s'est mis très en colère en disant : "tu es un menteur et un terroriste et tu mérites pire que ça". Il m'a laissé et il est parti. Juste avant le coucher du soleil ils m'ont conduit à la tente d'interrogatoire, la tente de torture, et ils m'ont battu en m'y conduisant. Celui qui menait l'interrogatoire était vraiment très en colère contre moi; il a dit : "tu t'es plaint au docteur à notre sujet?! On va te montrer ce qu'on va te faire!" , et ils m'ont frappé vraiment très fort sur tout le corps . Ils ont commencé à me donner des coups de bottes et ensuite ils m'ont conduit à un autre camp, les yeux bandés. J'ai entendu un prisonnier afghan hurler; il criait et disait : "O Allah, O mon Dieu!" en afghan, ainsi que d'autres mots dans sa langue que je n'ai pas compris. En approchant de la porte du camp, ils m'ont enlevé le bandeau. J'ai vu un frère afghan, dans la cinquantaine, avec beaucoup de poils blancs dans sa barbe, attaché sur le sol. Des soldats le tenaient par les fers, il était nu, couché sur le ventre. Un des soldats l'agressait sexuellement. Un autre soldat avait une caméra vidéo et filmait cette scène horrible. L'enquêteur m'a dit : "il était avec les talibans et il ne veut pas l'avouer". Ils m'ont vraiment effrayé; je suis devenu hystérique et presque fou de peur. Ils m'ont remis le bandeau sur les yeux et m'ont ramené à la tente où ils me frappaient. L'enquêteur m'a dit : "si tu te plains encore ou si tu parles de ce qui se passe ici on te fera la même chose qu'au terroriste afghan". Ils m'ont frappé très violemment et m'ont ramené à ma tente.

O Allah, que ces souvenirs sont douloureux. En ce moment, alors que j'écris ce qui s'est passé, et que ces événements me traversent l'esprit, il me semble que je vais devenir fou, mon corps tremble et je suis envahi de sentiments étranges et douloureux. Est-ce que j'ai vraiment vécu ces événements moi-même ? Des images du vieil Afghan hurlant et les maudissant sont encore dans mon esprit, des images de ces heures que j'ai passées sous la torture me hantent encore, et ce qui m'attendait était encore pire. Une fois, pendant une séance de torture, un enquêteur a apporté un petit objet qui ressemblait à un téléphone portable mais c'était un dispositif à chocs électriques. Il a commencé à me donner des chocs au visage, dans le dos, sur les membres et les parties génitales. Ils m'ont arraché presque toute la barbe. Les coups n'étaient pas la seule forme de torture ; la privation de sommeil était également utilisée. Les soldats nous réveillaient la nuit pour des inspections; quelquefois ils nous faisaient nous aligner, après avoir pointé leurs armes sur nous, en disant qu'ils avaient des ordres pour tirer si l'un de nous bougeait. Nous restions là debout pendant de longues heures, comme ça, dans le froid glacial. Il nous affamaient également ; ils nous donnaient seulement un repas à midi et un autre à minuit. Ils nous réveillaient et s'il y en avait qui étaient trop fatigués ou trop longs à se lever, ils les privaient de repas. Des représentants du CICR nous ont apporté quelques miches de pain grossier; les soldats nous ont donné à chacun un demi pain dans l'après-midi mais lorsque certains des prisonniers ont parlé aux représentants du CICR, les soldats nous ont donné un quart de miche et ont jeté le reste à la poubelle sous nos yeux. Quand les soldats nous réveillaient pour les inspections, si certains n'entendaient pas l'appel, soit parce qu'ils dormaient, soit qu'ils étaient malades ou complètement épuisés, ils punissaient tout le monde dans la tente. C'était toujours leur type de punition : des châtiments collectifs. Les soldats ont mis une croix sur la mosquée de l'aéroport de Kandahar et aussi sur les tours de l'aéroport et certaines tours de guet installées par les forces américaines lorsqu'elles avaient occupé l'aéroport. Une fois, ils ont emmené un vieil Afghan à la tente d'interrogatoire. C'était un septuagénaire. Ils l'ont traîné pour l'emmener à l'interrogatoire. Quand ils sont revenus, ils l'ont jeté par terre, il était inconscient. L'un des représentants du CICR parlait à un Afghan dans la même tente et il a tout vu lui-même. Après le départ des soldats, deux Afghans sont allés le chercher pour le porter à l'intérieur ; à chaque fois que les soldats voulaient sortir l'un de nous de la tente ou inspecter la tente, il nous ordonnaient d'aller à l'extérieur jusqu'à la clôture en fil barbelé où nous étions alignés sans bouger face à la clôture, le dos tourné de leur côté. Alors, quand les Afghans l'ont porté jusqu’à l'intérieur de la tente et qu'il a repris connaissance, il a commencé à trembler et ne pouvait ni parler ni bouger.

Ils ont commencé les préparatifs pour nous transférer à Cuba. Quand mon tour est venu, j'étais à peu près dans le troisième groupe à partir pour Guantánamo, on m'a conduit dans une autre tente avec plusieurs personnes. Nous étions près d'une tente vide où ils mettaient les Afghans des Etats du nord et de Shabarghan. Un certain nombre d'entre eux ont été conduits là et les soldats les battaient très violemment; ils avaient du sang partout et certains d'entre eux avaient le nez cassé qui saignait. Un représentant du CICR a vu cela de ses yeux. Le lendemain, ils ont commencé à nous conduire à la tente où se préparait le transfert.
Réponse avec citation
  #2 (permalink)  
Vieux 25/07/2006, 12h20
Senior Member
 
Date d'inscription: juillet 2006
Messages: 179
Par défaut

Transfert à Guantánamo Bay, à Cuba


Il était midi quand mon tour est venu; ils m'ont conduit à cette tente et m'ont placé dans un coin à l'isolement. Un soldat est venu; il avait une boîte dans laquelle il mettait des spécimens, alors il m'a coupé la barbe et l'a mise dedans. Ensuite ils m'ont fait asseoir sur une chaise. Un soldat est venu avec une paire de ciseaux et a découpé tous mes vêtements. Ils m'ont rasé la tête, la barbe et la moustache et m'ont conduit nu dans une grande tente dans laquelle il y avait plusieurs prisonniers et de nombreux soldats. Ensuite ils ont pris des photos de nous, et nous ont fait mettre les vêtements orange. L'un des soldats à la porte de la tente avait un ***** policier avec lui. Le ***** était vraiment méchant. Le soldat tenait sa laisse à la main. Ensuite ils nous ont attaché les mains avec des fers pour les empêcher de bouger. Puis ils nous ont fait mettre des garnitures sur les oreilles et des lunettes qui nous empêchaient de voir. Ensuite ils nous ont mis dans la tente voisine de midi à la nuit. Nous sommes restés ainsi là sans nourriture ni boisson, dans l'impossibilité de nous soulager ou de prier, alors nous avons prié en gesticulant. Il faisait extrêmement froid et ils nous ont mis des gants grossiers sur les mains et les ont couvertes de ruban adhésif très fort. Très tard dans la nuit ils ont commencé à nous conduire à l'avion... Ils nous ont attaché les jambes aux sièges ou au plancher de l'avion. Les lunettes me blessaient le front et le nez, mes mains gonflaient et mes jambes enflaient en raison de la pression exercée par les fers. Ensuite les soldats nous ont fait une injection de morphine dans les cuisses, puis l'avion a décollé et volé pendant de longues heures, je ne sais pas combien, et il a atterri dans un pays où le temps était très chaud. Ils nous ont mis dans un autre avion et nous ont transférés brutalement et violemment. Cet avion a décollé pour une destination inconnue. Nous ignorions totalement où ils nous emmenaient. Cette deuxième phase à Kandahar, avec sa souffrance et son affliction, était terminée. J'y avais passé deux semaines, du début à la mi janvier, deux semaines [illisible], pleines de tristesse, de souffrance et de torture, pour repartir encore dans une nouvelle phase d'affliction dans les camps de détention américains, une phase de torture organisée. À ce stade, ce n'était pas seulement les soldats qui nous torturaient, mais aussi les médecins, les infirmiers, les enquêteurs, les interprètes et les autorités. Chacun d'entre eux jouait son rôle pour nous torturer, physiquement et psychologiquement, et tout cela au nom de la loi.

Cette troisième phase a commencé le jour où l'avion s'est posé à Guantánamo à Cuba; nous ne savions pas nous étions. Les soldats nous ont mis dans un bus militaire qui n'avait pas de sièges à l'intérieur. Ils nous ont fait asseoir sur le plancher du bus. Un interprète qui était libanais est venu nous dire: "vous êtes sur une base américaine et vous ne devez ni parler ni bouger. Vous devez garder la tête baissée". Ensuite il a juré et crié contre nous. Si l'un de nous bougeait, il était battu avec une grande brutalité. Quand mon tour est venu de descendre du bus, je ne pouvais pas bouger parce que j'étais extrêmement stressé et épuisé. Ils m'ont dit de me lever immédiatement en criant après moi. Quand j'ai voulu leur dire que je ne pouvais pas bouger, ils ont commencé à me frapper et m'ont répété que je n'avais pas le droit de parler. De soldats m'ont porté et m'ont jeté en bas du bus, avec mes entraves, sur le sol. Ensuite ils nous ont conduits au Camp Rayons X. Ils nous ont mis quelque part dans l'après-midi et nous ont laissés là jusqu'à la nuit; nous portions encore les mêmes entraves que la veille. À la nuit, mon tour est venu; ils m'ont conduit dans une grande tente et pris ma photo et mes empreintes. Il y avait un interprète avec eux qui nous traitait vraiment mal. Ils m'ont conduit à un bâtiment en béton où il y avait une douche. Ils m'ont enlevé mes vêtements et m'ont donné du savon mais n'ont pas enlevé les lunettes de mes yeux. L'eau était très froide et quand j'ai mis le savon sur ma tête, ils m'ont crié que le temps était écoulé; ils voyaient bien que je n'avais pas pu me laver depuis plus d'un mois et demi. Ensuite ils m'ont fait coucher sur le sol **** et mettre une combinaison très serrée. Ensuite on m'a conduit là où se trouvent les cages. On m'a mis dans une cage à minuit. J'étais complètement épuisé. Le voyage de Kandahar à Cuba avait été très long et ils nous avaient injecté de la morphine et des drogues hallucinogènes et somnifères. Quand il m'a mis dans la cage un soldat m'a dit : "tu ne dois pas parler, tu ne dois pas toucher le grillage, tu ne dois pas te couvrir la tête ni les mains quand tu dors et tu dois rester au milieu de la cage". Il m'a dit aussi qu'il y avait des toilettes à l'extérieur de la cage; si j'avais besoin de me soulager, je devais demander à l'un des soldats. Dans la cage, il y avait deux seaux, un avec de l'eau et l'autre vide. Le soldat a dit que le seau vide était pour l'urine. Les soldats avaient tout juste fini de monter notre camp, le camp Bravo, le second camp. Les soldats construisaient encore les autres cages et les autres camps, car je faisais partie de la troisième vague de ceux qui sont allés à Cuba, comme je l'ai indiqué. Il y avait près de trente nouveaux détenus à chaque arrivée de prisonniers. J'ai baissé la tête et je n'ai senti [ illisible] jusqu'au second jour à l'heure de la prière de l'aube.

C'est alors que mes souffrances ont commencé. Si nous voulions aller aux toilettes à l'extérieur (des toilettes provisoires), les soldats nous saisissaient violemment et regardaient nos parties génitales; même les femmes soldats le faisaient. Ils restaient devant la porte ouverte pendant que nous faisions vos besoins. Après cela, nous avons commencé à utiliser les seaux à urine pour déféquer afin d'éviter ces gens repoussants qui n'ont aucune pitié dans le coeur, et de protéger notre dignité des soldats des deux sexes qui nous touchaient et jouaient avec nos parties génitales. Quand un nouveau groupe de détenus arrivait d'Afghanistan, ils nous forçaient à aller dans un endroit spécial et nous interdisaient de nous mettre debout, de prier ou de faire l'adhan (appel à la prière) pendant de nombreuses heures jusqu'à ce que les nouveaux arrivants aient subi ce que nous avions subi à notre arrivée. Au cours du premier mois, nous n'avons pas été autorisés à faire l'adhan, à parler, ni à faire ghusl (ablution complète de tout le corps) si nous étions impurs dans les cages.Nous n'avions le droit de nous laver qu'à des moments précis de la semaine; ils nous emmenaient au secteur des douches dans quatre cages préparées à cet usage. Là, ils nous ordonnaient d'enlever nos vêtements et de nous mettre complètement nus. Quand le temps de la douche était écoulé, (nous avions deux minutes), ils nous donnaient des serviettes puis ils nous rendaient nos vêtements. Nous n'avions que très, très peu de nourriture, et il en est toujours ainsi ; il y avait des serpents, des scorpions et des insectes venimeux qui entraient dans les cages. À ce moment-là, ils nous ont aussi distribué des exemplaires du Coran ; les soldats nous insultaient quand nous sortions des cages et jetaient les Corans sur le sol, les inspectaient et les frappaient du pied. Quand c'était le moment de changer nos vêtements, ils nous donnaient des vêtements serrés et nous forçaient à prendre des drogues hallucinogènes dont l'effet durait plus de deux semaines. Quand ils voulaient emmener l'un de nous, ils nous forçaient à nous agenouiller et à mettre les mains sur la tête; certains soldats nous appuyaient la tête contre le grillage de sorte que nous étions plaqués au grillage quand les soldats entraient et que notre nez était blessé par ces actions. Quand nous partions à l'interrogatoire, les soldats nous insultaient, nous forçant à baisser la tête, nous pressant d'aller vite alors que nous étions entravés, lorsque nous allions au dispensaire ou chaque fois que nous quittions les cages, quelle que soit la raison. Ils nous terrorisaient avec des *****s policiers et nous réveillaient la nuit pour demander notre numéro d'identification. Les Forces de réaction d'urgence (Emergency Reaction Forces, ERF) étaient lancées contre nous et certains des prisonniers étaient punis : on leur retirait tout ce qu'ils avaient et on les forçait à dormir sur le ciment par les nuits froides. Ensuite il y a eu la première grève de la faim à Cuba, qui a conduit à une grève totale de la faim. Dans notre camp, le Camp B, il y avait un détenu saoudien de Ta'if appellé Muhammad Al-Quraysh. Il priait la duha (prière de la matinée) et s'était couvert le bas du corps avec une serviette parce que les vêtements qu'on nous avait donnés étaient trop serrés. L'un des gardiens lui a dit d'enlever la serviette. Muhammad priait et il n'a pas répondu. Le gardien a ordonné à un soldat d'entrer dans sa cage. Celui-ci a attendu que Muhammad se prosterne dans sa prière et puis il y est allé. Il voulait lui enlever la serviette, alors il l'a poussé au sol et a interrompu sa prière. Il a pris la serviette et s'est battu avec Muhammad. Le gardien est entré, il a poussé Muhammad puis ils sont sortis. Nous avons commencé à dire ensemble "Allahu Akbar" (Allah est le plus grand), et tout le camp a commencé à dire "Allahu Akbar"; de partout on entendait psalmodier "Allahu Akbar". Ce même jour, des soldats avaient insulté le Coran dans l'un des camps. Alors nous avons tous jeté nos affaires par la fente de la porte. Quand nous avons commencé à chanter, on entendait de partout "Allahu Akbar, Allahu Akbar". Les soldats ont commencé à s'enfuir. Un soldat passait dans un véhicule blindé à l'extérieur du camp quand il a entendu "Allahu Akbar"; il est descendu du véhicule et a commencé à courir. La direction a bloqué la fermeture de sécurité du camp et envoyé les Forces de réaction d'urgence (ERF) avec les *****s policiers vers nous. Les *****s tremblaient en nous entendant. Ils ont apporté des caméras car les Américains ne font rien sans caméra vidéo et ils nous ont filmés et ont mis les films dans des archives secrètes ; l'interprète nous l'a dit. Ensuite nous avons cessé la grève de la faim pendant près de deux semaines. Allah nous a alors rendu les choses un peu plus faciles à cause de cette grève de la faim; de nouveaux ordres ont été donnés de ne pas jeter ni inspecter le Coran. Après cela bien des choses se sont produites. Ils nous ont apporté de nouvelles entraves qui avaient une chaîne autour de la taille reliée aux fers des mains et une chaîne qui reliait ces derniers à ceux des pieds. Exactement comme ceux que porte Omar Mukhtar dans le film Le lion du désert. Ces entraves étaient fabriquées en Grande-Bretagne. Il y a eu aussi des agressions : les détenus étaient frappés et insultés. D'autres choses se sont produites aussi mais ce que j'ai rapporté suffit. Il est possible que la plupart de ces faits aient été cités dans les médias.


Torture et mauvais traitements à Guantánamo Bay


Ils nous emmenaient pour subir des interrogatoires devant des civils et des militaires. Ils nous menaçaient, et ils m'ont menacé personnellement en sortant leurs armes et les pointant sur moi. Ils m'ont menacé en disant qu'on me tuerait si je rentrais dans mon pays. Il s'est passé beaucoup de choses à ce moment-là et j'ai été agressé d'une manière semblable à ce qui m'était arrivé à Kandahar. Je ne souhaite pas rapporter ces horribles attaques. Au cours des interrogatoires, j'ai été menacé de viol, d'agression contre ma famille en Arabie saoudite, de l'enlèvement de ma fille, et d'être assassiné par leurs espions au Moyen-Orient si je retournais en Arabie Saoudite. On m'a menacé de me transférer en Amérique, dans les prisons américaines. Il y a des prisonniers américains qui attendent des gens comme moi.[deux pages manquantes]

Quant aux Forces de réaction d'urgence (ERF), on pourrait en parler indéfiniment mais je ne citerai que quelques incidents généraux qui se sont produits. Il y avait un groupe de soldats dont l'emblème et l'insigne étaient 9/4. C'étaient les soldats les plus haïssables et insultants, et ils attentaient à nos droits... Il y avait également d'autres groupes qui avaient tous la même haine à notre égard. Les ERF se déployaient pour les raisons les plus futiles de telle sorte qu'il y ait une excuse pour nous agresser et pour donner libre cours à leur haine secrète avec la bénédiction des officiers qui les commandaient. S'ils entraient dans la cage d'un détenu, il était sûr que son sang coulerait ou qu'ils lui briseraient des os ; il était rare qu'ils sortent sans blesser le prisonnier sans défense. Je vais peut-être citer quelques-uns des faits dont j'ai été moi-même témoin ici. Ils ont pris un détenu et lui ont plongé la tête dans les toilettes. Les toilettes du camp Delta sont en fer, à la turque, et ils ont tiré la chasse avec sa tête dans les toilettes jusqu'à ce qu'il meure presque. Ils ont pris un prisonnier et ont commencé à lui cogner la tête contre le bord des toilettes jusqu'à ce qu'il perde conscience et qu'il perde la vue pendant plus de dix heures. Il en est résulté des contractions du visage. Ils ont saisi un prisonnier pendant qu'il priait le maghrib (coucher du soleil) et ils l'ont battu brutalement. C'était dans le bloc d'isolement I Inde. Le même jour, ils sont venus me battre. À ce moment-là, nous étions en colère parce que le surveillant principal de service maudissait Allah, claquant les portes des cellules en disant "Joyeux Noël "; c'était le jour de Noël 2002. Il y a eu de très nombreuses tentatives d'énucléation sur des détenus et des coups sur les parties génitales. Ils les frappaient quand ils étaient malades et les frappaient sur leurs blessures. Un prisonnier, du nom d'Abdul Aziz al-Masri, était malade et endormi à l'hôpital. Ces soldats y sont allés et l'ont frappé très violemment à l'hôpital devant les médecins et les infirmières. Ses blessures étaient graves et il a eu une fracture de la colonne vertébrale. Il est aujourd'hui hémiplégique. Ils essaient maintenant de l'opérer, mais il refuse car il a peur qu'ils jouent avec son dos et rendent les choses pires plutôt que meilleures comme c'est souvent le cas avec leurs opérations. Ce genre de chose se produit souvent. Les officiers et les autorités envoient au moindre prétexte les Forces de réaction d’urgence contre les détenus, ce qui génère des agissements au cours desquels les détenus subissent des blessures importantes, une grave défiguration ainsi que des fractures, du fait que personne ne surveille ni ne suit leurs actions. Ce sont au contraire leurs officiers et les autorités qui donnent l'ordre d’agir ainsi. Ils torturent les détenus au nom de la loi. Il y a eu trop de faits semblables pour que je les cite ou même que je les compte. Ceux que j'ai rapportés sont peut-être suffisants parce qu'un grand nombre de ces faits ont été mentionnés dans les médias.

Je reviens à mon histoire et à mes souffrances ; ils m'emmenaient très souvent pour des interrogatoires ; j'ai eu plus de six cents séances d'interrogatoire à ce jour. Les soldats m'anéantissaient en me harcelant et en me plaçant à l'isolement sans aucune raison. Les enquêteurs me soumettaient aussi à des pressions psychologiques. Je vais peut-être citer quelques-unes des choses qui me sont arrivées dans les salles d'interrogatoires quand j'étais au camp Delta. Je passerai sous silence un bon nombre d’exactions dont j’ai été victime parce que je ne veux pas que tout soit publié. Voici certaines des choses qui me sont arrivées au cours des interrogatoires : j'ai été menacé d'être tué, torturé, et de devoir passer le reste de ma vie en prison à Cuba, on a menacé d'enlever ma fille Nura, de causer des ennuis et à ma famille en Arabie saoudite et de m'assassiner après ma libération. Ils ont mis du détergent très fort dans la salle d'interrogatoire et en ont versé tout autour de moi jusqu'à ce que je suffoque presque. Ils ont mis un disque de musique stéréo vraiment très fort, ils m'ont braqué des projecteurs puissants sur le visage, ils m'ont mis dans une salle très très froide et ont réduit la température au minimum pendant de longues heures sans me permettre d'avoir de la nourriture ou de la boisson, d'aller aux toilettes ni de faire mes ablutions et de prier. Il y eut encore bien d'autres choses comme de m'attacher les mains aux pieds et à l'anneau placé sur le sol de la pièce. Toutes les salles d'interrogatoires ont un anneau de métal fixé au sol pour y attacher les pieds des prisonniers. Quant aux agressions sexuelles, bien des choses me sont arrivées et je vais en citer quelques-unes ici. La pire de toutes ces agressions s'est produite en septembre ou plus tard, je ne me rappelle pas la date exactement, en 2002, le premier mois de septembre après le 11/9. Le FBI m'a soumis à de nombreux interrogatoires. Un jour, un samedi (je vous dirai plus tard pourquoi je me rappelle du jour), les soldats m'ont emmené de nuit pour un interrogatoire. Dans la salle, ils m'ont attaché les pieds à cet anneau d'acier, m'ont laissé là et sont partis. Je suis resté longtemps seul. Puis la porte a été ouverte violemment et quatre soldats portant des masques noirs ainsi qu'une femme soldat sont entrés. Les soldats ont commencé à me terroriser en élevant la voix et l'un d'entre eux avait une caméra vidéo à la main avec laquelle il filmait la scène. Puis cette enquêtrice m'a dit : "nous voulons que tu avoues que tu fais partie d'Al Qaïda ou que tu es mêlé d'une certaine manière aux attaques contre l'Amérique, sinon ce soir nous allons te montrer quelque chose que tu n'oublieras jamais plus jusqu'à la fin de tes jours", et c'est vrai, je n'oublierai jamais ce qui s'est passé tant que je vivrai. J'ai déclaré que je n'avais aucun lien avec ce dont elle parlait. Ils avaient apporté des fers supplémentaires que les soldats manipulaient dans leurs mains pour me terroriser et m'effrayer. Ils ont commencé à me menacer et quand j'ai compris que quelque chose de grave allait m'arriver, j'ai commencé à crier et à hurler de sorte que peut être l'un des frères entendrait mes cris. Elle m'a dit en riant : "nous sommes samedi, c'est le week-end, il est très tard et il n'y a pas d'autorité sur place". Après une dernière tentative pour me menacer, elle a ordonné aux soldats de commencer ce qui avait été prévu par avance ; les soldats sont venus et m'ont enlevé de la chaise. Mes pieds étaient attachés à cet anneau comme je l'ai dit plus haut. Alors ils m'ont couché sur le dos, ont rajouté des fers supplémentaires à ceux que j'avais aux mains et m'ont tiré par ceux-ci dans la direction opposée avec force et brutalité, en direction de mes pieds, alors que j'étais couché au sol. La femme a fait signe à un soldat qui, une paire de ciseaux à la main, a découpé tous mes vêtements. Ils ont découpé tous mes vêtements, les ont enlevés et jetés dans un coin de la pièce. L'enquêtrice a alors commencé à enlever ses vêtements, le soldat avec sa caméra filmait tout cela. Quand elle a été en sous-vêtements, elle s'est placée debout au-dessus de moi. Elle a quitté son slip, elle portait une serviette hygiénique et des gouttes de son sang menstruel me sont tombées dessus et elle m'a agressé. J'ai essayé de me débattre pour l'en empêcher mais les soldats ne tenaient de force avec les chaînes, impitoyablement, de sorte qu'ils m'ont presque coupé les mains. Je lui ai craché au visage, et elle a mis sa main dans son sang menstruel souillé qui m'était tombé sur le corps et l'a frottée sur ma poitrine. Cette femme sans pudeur portait une chaîne avec une croix. La croix portait la forme d'un homme crucifié dessus. Elle a levé la croix et l'a embrassée, puis elle m'a regardé et m'a dit que cette croix était un cadeau pour les musulmans. Elle a sali ses mains avec son sang menstruel et m'en a frotté le visage et la barbe. Ensuite elle s'est levée, s'est nettoyée, a remis ses vêtements et a quitté la pièce... Puis les soldats m'ont saisi les mains et les ont attachées à mes pieds sur le sol. Alors les soldats sont partis en emportant mes vêtements du coin de la pièce et m'ont laissé dans cet état, attaché, nu et barbouillé de [] sang menstruel ... Après quelques heures, des soldats sont venus; je ne suis pas sûr que c'était les mêmes car ils n'avaient plus de masques, ou si c'était d'autres soldats. Ils m'ont conduit nu à la douche où je me suis lavé et ils ont apporté d'autres vêtements comme s'ils n'étaient pas au courant des graves atteintes que j'avais subies, comme si rien ne s'était passé. Ils m'ont ramené au camp juste avant l'aube. J'étais dans un état hystérique, j'allais vraiment très mal; j'ai failli devenir fou à cause de ce qui m'était arrivé, de la manière dont ça s'était passé et des raisons pour cela. Combien je souffre de me rappeler ces épisodes humiliants et de les écrire. S'il ne fallait pas que ces faits soient répertoriés pour que le monde entier sache ce qui se passe dans les camps de détention américains, alors je n'écrirais pas cela. Ce sont de véritables tragédies qui remplissent mon coeur de tristesse et mon coeur en est presque brisé lorsque je m'en souviens. J'ai été secoué jusqu'au tréfonds de mon être, de mon corps et de mon esprit. Plus tard j'ai appris que je n'avais pas été le seul à subir cette humiliation ; de nombreux détenus avaient été agressés de manière semblable ou même pire, comme c'est arrivé à un prisonnier d'Arabie saoudite de Makkah Al-Mukaramah, appelé Fahd Omar Abdul Majid Al-Sharif. Quand ils ont découvert que sa famille descendait du Prophète Mohamad (Paix et bénédiction sur lui), il a été agressé par une enquêtrice de la même façon que moi, à la différence que celle qui l'a agressé n'avait pas ses règles. La même scène s'est répétée avec plusieurs détenus, et certains prisonniers ont été agressés sexuellement par des soldats et des enquêteurs dans les salles d'interrogatoire. S'ils découvraient que le prisonnier qu'ils interrogeaient était l'imam d'une mosquée, ou un prédicateur, comme c'était mon cas, ils l'insultaient encore plus. Ces enquêteurs-là, hommes et femmes, et les soldats qui agressaient des détenus, disparaissaient souvent après ces viles attaques. A leur place, de nouvelles personnes se présentaient aux prisonniers et lui faisaient les mêmes choses que les précédents; c'était presque comme s'ils étaient des spécialistes de ce genre de crime et d'agression.

Je tremble et je souffre en écrivant ces souvenirs douloureux qui nous sont arrivés, et à moi personnellement. Ils nous ont violentés jusqu'au fond du coeur, notre dignité et notre humanité; tout cela pour montrer la dépravation de leurs agents et l'immensité de leurs crimes contre l'humanité. C'est là ce que font ceux qui vantent leur civilisation, la paix et le droit, au nom desquels ils ont commis toutes ces graves atteintes aux droits humains. Je sais avec certitude, de la bouche de vingt autres frères détenus ici qui sont de différentes nationalités, qu'ils ont subi les mêmes crimes horribles et encore pire, mais ils m'ont empêché de mentionner leur nom ici. Cependant j'ai été autorisé par Fahd Omar Al-Sharif à mentionner son nom et ce qui lui est arrivé. Il m'a permis de rapporter son histoire mais je ne m'attarderai pas sur les repoussantes agressions qu'il a subies. Auparavant, j'étais exactement comme eux; je refusais absolument de voir mon nom publié avec l'histoire douloureuse de ce qui m'était arrivé. Cependant, j'ai reçu une lettre de mon avocat m'expliquant que c'était nécessaire de révéler mon nom aux médias et de convaincre certains des frères détenus avec moi de la nécessité de révéler leur nom aux médias, de sorte que le monde puisse savoir ce qui s'est passé et ce qui se passe à Cuba. J'ai entendu dire que certaines des autorités américaines nient que des violations des droits humains se produisent à Cuba et qu'il y a des agressions sexuelles sur des détenus, et aussi que certains journalistes déforment les faits. Par exemple, en ce qui concerne l'histoire du détenu dont une enquêtrice a barbouillé le visage de sang menstruel , lorsque cette histoire a éclaté, l'interprète qui s'appelle Sam, qui est un menteur et un calomniateur a dit : "elle a mis la main dans de l'encre rouge et ensuite l'a posée sur le visage du prisonnier". Il sait très bien que nous avons tous vu notre frère quand ils l'ont ramené de l'interrogatoire et que nous avons vu le sang menstruel sur son visage du fait qu'ils l'ont ramené directement de la salle d'interrogatoire au camp sans laver le sang de son visage, et tout le monde l'a vu. Alors, ce qu'on nous a fait, c'était aussi à l'encre rouge ? C'est pourquoi j'ai décidé de publier ces faits et il y en a d'autres que je n'ai pas racontés car ils sont trop cruels. C'est aussi pour donner de la crédibilité à ce qui s'est passé. Je suis un témoin oculaire de ce qui s'est passé ici et je suis prêt à présenter mon témoignage n'importe où.

L'histoire n'est pas complète. Il y a beaucoup d'autres histoires; par exemple, un jour, l'enquêteur m'a conduit à la salle d'interrogatoire. Toutes les salles d'interrogatoire à Cuba communiquent avec la pièce voisine par une porte. Quand les soldats m'ont fait entrer dans la pièce, la porte entre les deux salles était ouverte et deux enquêteurs, un homme et une femme, étaient nus et avaient une relation sexuelle. Les soldats qui m'ont conduit là avaient ordre de ne pas détourner les yeux. Quand ils m'ont conduit dans la pièce, ils m'ont attaché les pieds à l'anneau du sol et sont repartis comme s'ils n'avaient rien vu ni entendu. Quand les enquêteurs ont eu fini, l'homme est venu devant moi, a enlevé son préservatif et l'a jeté dans la poubelle de la pièce. Puis il m'a dit : "si tu veux aller avec cette enquêtrice et avoir une relation sexuelle avec elle, montre toi coopératif et je te laisserai une heure avec elle et je demanderai aux soldats d'enlever tes entraves". Je ne lui a pas répondu, et au bout de près d'une demi-heure, ils ont quitté la salle et les soldats m'ont ramené au camp. Ceci s'ajoute aux fims pornographiques qu'ils mettent dans les salles d'interrogatoire et aux revues et images pornographiques qu'ils me mettent sous le nez dans les salles d'interrogatoire. Certains des prisonniers ont été violés soit en Afghanistan, soit à Cuba, par des enquêteurs et des soldats. Ces frères refusent que ces faits soient publiés et associés à leur nom. Je donnerai un exemple sans mentionner le nom de celui à qui c'est arrivé, parce qu'il m'a dit qu'il ne voulait pas que son nom soit publié : un frère d'Arabie saoudite en prison à Mazar E-Sharif a été violé par vingt soldats à la suite, à la fois des Américains et des soldats du général Dostum. Il y a beaucoup d'autres histoires rapportant de telles exactions à Bagram, Kandahar, et Cuba. De nombreuses agressions non sexuelles se sont également produites.

Fin 2003, il m'est arrivé quelque chose de grave dans la salle d'interrogatoire. Les soldats m'ont conduit dans cette salle et l'enquêteur, que je n'ai vu que cette seule fois, avait un Coran à la main en entrant dans la pièce. Il l'a posé sur la table et a commencé à parler à tort et à travers. Ensuite il a appelé des soldats, qui sont venus. L'enquêteur avait apporté les drapeaux américain et israélien avec lui. Alors il a ordonné aux soldats de m'envelopper dans les drapeaux en serrant fort, puis il a pris le Coran, l'a jeté à terre et l'a endommagé avec sa chaussure. Ensuite il a sorti son pénis et a uriné dessus. Il m'a dit un tas de choses comme :"c'est une guerre sainte entre l'étoile de David et la croix contre le croissant" et "le monde entier se soumettra à nous , et si quelqu'un refuse de se soumettre..." [page manquante]

De nombreux sévices ont eu lieu au camp Delta; pour donner un exemple, certains détenus ont été battus et on leur a plongé la tête dans les toilettes. Ceci m'est arrivé personnellement, ainsi qu'à un frère du Yémen, appelé Abdul Muhsin Al-Yafei et à un autre frère yéménite, du nom de Omar Al-Ramah. Il faisait la grève de la faim depuis deux semaines en raison des brutalités qu'il subissait au cours des interrogatoires; celui qui l'interrogeait, appelé Jacob, disait qu'il était juif et que son fils s'appelait Benjamin; il avait demandé qu'Omar Al-Ramah soit placé dans ce camp. Il était fatigué par sa grève de la faim et cet enquêteur le faisait venir pour interrogatoire chaque jour pendant plus de douze heures. Ensuite, l'enquêteur est venu lui-même et je l’ai vu en train de parler à l'administration du camp dans la salle des docteurs et des infirmières: Guantanamo a ses propres règles, mais le camp Delta n'est pas soumis à ces règles, il a une administration indépendante. Il leur a ordonné de le tenir éveillé pendant les douze heures de l'interrogatoire, et le deuxième jour, ils l'ont conduit dans les cellules d'isolement du camp Delta. Vous n'imaginez pas à quoi ressemblent les cellules d'isolement du camp Delta; elles provoquent des maladies psychiques. Ils l'ont frappé à l'isolement et j'entendais ses cris pendant qu'ils le battaient. Beaucoup de choses me sont arrivées au camp Delta; j'ai subi de graves atteintes psychologiques, des coups, j’ai beaucoup saigné et on m'a dépouillé de mes vêtements et laissé nu par des journées froides. Ils me mettaient dans une cage, une cage qui n'avait rien à l'intérieur, ni oreiller, ni matelas, seulement le métal froid de la cage. On me laissait là pendant de longs jours. Ils envoyaient des soldats et des infirmiers pour me faire du mal. Ils me prenaient toutes mes affaires pendant de longs mois ; je n'avais rien dans la cage de métal froid à l'exception d'une natte en plastique. Quelquefois ils me donnaient une espèce de toile pour m'envelopper et [puis] ils la reprenaient. Je suis resté dans cette situation plus de 5 mois. Les soldats jouaient avec notre nourriture et faisaient beaucoup d'efforts pour nous causer toutes sortes de stress psychologiques. Ils m'empêchaient d'avoir la nourriture que je pouvais manger et me mettaient la pression. Je refusais de prendre des médicaments; au début ils ont essayé, alors je les ai pris, je les ai jetés dans les toilettes et je leur ai fait croire que je les avais pris. Ensuite, plus tard je leur ai dit la vérité, que je ne prenais pas de médicaments et que je les jetais dans les toilettes, alors ils ont arrêté de me donner ces poisons. Les enquêteurs me disaient : "coopère avec nous et nous te sortirons du camp Delta, et nous arrêterons nos pressions psychologiques"; je ne leur répondais pas pendant les interrogatoires en raison des crimes qu'ils perpétraient contre moi.

Ensuite ils ont utilisé un nouveau style de torture qui était bien pire qu'auparavant ; à la fin décembre 2003 ils m'ont conduit à l'hôpital des détenus et une nouvelle tragédie a commencé. Il variaient les tortures psychologiques auquelles ils me soumettaient; à l'hôpital, ils me mettaient la pression en m'empêchant de parler à aucun autre détenu, ou même aux soldats et aux infirmiers ou à qui que ce soit. Je n'étais autorisé à parler qu'à trois personnes qui étaient chargées de me torturer, un docteur appelé P, qui était d'un racisme virulent, et deux infirmières exactement comme lui; en fait il les avait lui-même choisies. La première s'appelait "Irlandaise" et l'autre "Suédoise". Ils m'ont placé à l'isolement et ont pris tous mes vêtements sauf mon short et ma chemise. Ils m'ont pris la couverture et ont baissé la climatisation jusqu'à l'extrême limite. Je suis presque mort de froid; le bâtiment de l'hôpital était en métal et il y faisait extrêmement froid. Ils ne m'ont pas autorisé à avoir un exemplaire du Coran pendant plusieurs semaines et je n'avais pas droit aux douches ni à faire le ghusl obligatoire (ablution complète). Ils ont apporté de nombreux fers, et quand je voulais aller aux toilettes, ils me faisaient marcher pieds nus sur le sol froid de l'hôpital et entrer dans les toilettes sans chaussures. Ils entraient avec moi , se tenaient devant moi pendant que je faisais mes besoins et ne me permettaient pas d'utiliser de papier toilette. Les entraves n'étaient pas enlevées quand j'allais aux toilettes ni quand j'étais à l'intérieur, aussi c'était extrêmement difficile pour moi de faire mes besoins ou d'accomplir mes ablutions. Ils ordonnaient aux infirmières de l'hôpital de s'en prendre à moi. On me donnait de la nourriture qui [n'était] pas adaptée à mon estomac, dont l'état s'était beaucoup aggravé durant mon emprisonnement. Ils n'empêchaient d'avoir la nourriture dont j'avais besoin et m'apportaient une nourriture dure que je ne pouvais manger et je finissais toujours par la vomir. En ce qui concerne cette situation, les soldats qui me gardaient venaient du camp Delta, et personne, en dehors d'eux, n'était autorisé à me garder. Ils refusaient de me dire l'heure et pendant tout le temps j'étais attaché au lit qui était en fait un brancard de hôpital, et je ne pouvais pas bouger. J'ai beaucoup de douleurs dans le corps et j'ai des rhumatismes en raison du froid extrême et de la marche pieds nus sur le sol. J'avais déjà souffert de rhumatismes dans le camp parce que j'étais privé de mes vêtements et que je dormais dans la cage de métal froid. Il y avait des infirmières qui étaient chargées de moi à l'hôpital et qui se faisaient une spécialité de me faire du mal. Une fois, après que j'eus été autorisé à avoir un exemplaire du Coran, l'une d'entre elles est venue et l'a jeté sur le sol. Elles essayaient de me donner des drogues. Ces drogues rendaient malades de nombreux prisonniers et leur causaient des problèmes psychologiques vraiment énormes. Je refusais de prendre aucune de ces drogues, on ne pouvait même pas faire confiance aux médicaments ordinaires. Je suis resté dans cet état pendant trois semaines; c'était la période la pire de ma détention, des journées pleines de privations, d'humiliation, d'oppression et de stress psychologique. La plupart de ces nuits obscures, je suffoquais presque en raison de la dureté de l'oppression. Seul Allah, le Très-Haut, sait dans quel état j'étais. Oh, ces jours et ces nuits, comment les ai-je vécus, mais Allah était avec moi et sans sa miséricorde, je me serais suicidé depuis longtemps, mais la miséricorde d'Allah est plus grande que tout le reste, aussi j'ai gardé mon esprit occupé en mémorisant le Coran . La miséricorde d'Allah m'a été dispensée, même si les enquêteurs les docteurs, les infirmières, les soldats et les oppresseurs détestaient cela. La torture psychologique était une épreuve plus grande que la torture physique que j'avais traversée; la torture physique vous rapproche d'Allah en augmentant votre foi, tandis que la torture psychologique brise profondément une personne de l'intérieur. J'ai traversé ces nuits noires qui semblaient ne jamais finir. Je jure que je ne pouvais pas tenir debout en raison de mon extrême souffrance et du stress, ni même crier, ce qui m'aurait soulagé. Je ne le pouvais pas. Il n'y avait personne pour me répondre dans mon isolement total, personne à qui parler et personne à qui me plaindre de ce que je ressentais et de ce que j'éprouvais, sinon Allah, le Très-Haut, et il m'a béni. Mon ami intime au cours de mon exil et de ma solitude était le Livre d'Allah et je me plaignais à Lui des épreuves que je souffrais et de ce que les oppresseurs me faisaient. Sa miséricorde et sa gloire englobe tout et au bout de trois semaines ils m'ont transféré à l'isolement au Camp I Inde. Pendant que j'étais à l'hôpital, ils réfléchissaient et préparaient leur coup suivant. Le diable leur a enseigné une nouvelle ruse, ils m'ont choisi une cellule spéciale au camp d'isolement. Dans cette cellule, ils ont mis une plaque en métal au-dessus du lavabo et l'ont soudée de sorte qu'il n'y avait plus de bassin dans la pièce et qu'il n'y avait pas d'eau à l'exception de celle des toilettes dont le réservoir était à l'extérieur de la cellule. Quand on m'a conduit de l'hôpital au camp d'isolement (ils se trouvaient tous à l'hôpital et le camp au Camp Delta), les soldats m'ont emmené pieds nus et je ne portais que mes shorts et ma chemise. Alors que je marchais sur les galets, certains des soldats se sont arrêtés à un portail et l'un d'entre eux a dit : "comment se fait-il que ce prisonnier soit dans cet état?"; l'un des soldats qui me tenait lui a dit: "il a été durement châtié". Puis ils m'ont conduit dans la cellule. L'infirmière "Irlandaise", certaines personnes et des soldats de la clinique psychiatrique m'attendaient au camp de façon à pouvoir me garder tout spécialement. Après cela, et avant d'enlever mes fers, un soldat s'est avancé avec des ciseaux, et a découpé ma chemise pour me laisser nu dans la cellule en métal sous le froid de la climatisation, sans vêtements, ni oreiller, ni couverture, ni petite natte en plastique, [ni] même de mules en plastique pour la douche. Le docteur avait émis un ordre pour m'empêcher d'avoir ces choses. Ceci s'est produit à la mi-janvier 2004. La cellule métallique était très froide comme je l'ai déjà indiqué, et la climatisation soufflait directement sur le lit de métal. L'éclairage de la cellule était très faible. Il y avait très peu de place : si je descendais du lit en métal, les toilettes étaient juste en dessous de moi aussi je dormais près des toilettes pour éviter le froid de la climatisation. Cependant, j'ai été heureux quand j'ai découvert qu'il y avait d'autres détenus dans ce camp. Ils m'ont accueilli chaleureusement et m'ont aidé. Sans Allah, le Très-Haut, je me serais suicidé dans cette situation. Le docteur ne m'autorisait pas à avoir du papier hygiénique ni de l'eau (du fait qu'ils avaient obturé le lavabo), a l'exception d'un verre d'eau si je le demandais. Pendant plus de deux semaines, j'ai utilisé les toilettes sans papier et sans eau. Je me nettoyais avec l'eau de la chasse. Après cela, ils m'ont autorisé à avoir très peu de papier toilette et c'était tout-à-fait insuffisant. Les soldats du Camp Delta qui venaient exprès pour moi me faisaient beaucoup de mal et suivaient un programme défini pour me faire du mal. Ils me harcelaient et dégradaient ma nourriture : ils mettaient l'assiette de nourriture près de leurs chaussures et quelquefois je devais enlever des ****tés de la nourriture. Plus tard j'ai compris qu'ils crachaient dans l'eau qu'ils me donnaient dans la tasse aussi j'ai commencé à boire et à faire mes ablutions avec l'eau de la chasse. Comme je l'ai déjà indiqué, les toilettes du Camp Delta sont en métal, à la turque, aussi je tirais la chasse, approchais mes mains de la cuvette et prenais l'eau dans le creux de mes mains pour la boire et faire mes ablutions . Je n'avais pas d'autre possibilité . J'ai fait cela pendant plus de trois mois et quand j'ai dit au docteur qu'un soldat avait craché dans mon eau, qu'un certain nombre de soldats l'avaient vu, et qu'il avait fait cela devant l'infirmière psychiatrique, il a répondu : "que voulez-vous que j'y fasse?" Il savait ce qui s'était passé et ces ordres venaient de lui, comme me l'a dit plus tard un soldat (qui me plaignait). Ce docteur qui avait violé mes droits était à l'origine du lavabo condamné et soudé parce que lorsque j'étais à l'hôpital, j'avais demandé à prendre un bain. Il m'empêchait même de faire le ghusl obligatoire (ablution complète). Je lui ai dit : "quand j'étais dans les camps, je me lavais tous les jours". C'est pourquoi il a ordonné de condamner le lavabo dans ma cellule. Je lui ai dit : "nous sommes musulmans. Si un homme se souille dans son sommeil il doit prendre un bain." Quand la délégation du Bahrein est venue, je me suis plaint à eux de ce qui m'arrivait, j'ai expliqué la situation et je leur ai dit que je buvais l'eau de la chasse des toilettes. Mais ils n'ont rien fait. Les soldats essuyaient leurs chaussures sur mes vêtements qui étaient à l'extérieur de la cellule et que je devais mettre quand ils m'emmenaient à l'interrogatoire. Ils prenaient aussi les lettres de ma famille et les jetaient à la poubelle. En raison de la dureté de ce qui m'arrivait à ce moment-là, je suis devenu comme un château de cartes qui s'écroule constamment; quel que soit le côté que vous essayez de reconstruire, il tombe toujours. Je me suis presque totalement effondré. J'ai été sauvé par la miséricorde d'Allah. Je ne peux pas vraiment décrire ma situation et les maux que j'ai subis. J'étais dans un autre monde, pas dans celui-ci. Allah nous suffit, et il est le plus excellent des protecteurs. Ils me forçaient à aller à la douche à l'extérieur de la salle dans le secteur des douches tôt le matin dans le froid mordant de janvier. Je ne portais que mon short. Ils me faisaient me laver à l'eau froide et ne me laissaient pas changer de short après la douche. Ils me faisaient revenir mouillé dans la cellule en métal qui était gelée sous la climatisation. La cellule était **** du fait que je n'avais pas d'eau pour la nettoyer et ils ne me donnaient pas de couverture propre... cela suffisait en soi à vous déprimer et à vous rendre triste. Une fois, j'ai entendu un soldat qui parlait à un autre lui dire : "je ne laisserais jamais mon ***** en Amérique vivre dans un endroit comme celui-ci ! Mon ***** en Amérique vit dans un endroit cent fois mieux que ça". Oh, ces jours et ces nuits ! Il me semblait alors que le temps s'était arrêté et refusait d'avancer. Il me semblait que le monde entier avec ses montagnes et toute sa lourdeur me pesait sur la poitrine. Je n'avais personne pour m'aider et me protéger si ce n'est Allah. J'étais au bout du rouleau, toutes les portes s'étaient refermées sur moi et j'avais perdu tout espoir, sauf en Allah... J'avais extrêmement froid et je gelais presque. Je ne pouvais pas dormir. Quand j'essayais de dormir, je m'endormais et je commençais à me sentir chaud comme si j'étais couvert par une couverture et je pensais que j'étais couvert et j'essayais de la remonter sur moi mais quand je m'éveillais, j'étais froid et nu à nouveau sans rien pour me couvrir ou me protéger du froid. Dans cet état de ténèbres, d'injustice et d'oppression, Allah était avec moi. Il m'a béni, dans l'extrémité de tout ce stress psychologique et dans cette cellule très déprimante, en m'aidant à mémoriser la totalité du saint Coran, en dépit de la dureté de ma situation, de ce que je souffrais et de l'intensité de cette horrible stress psychologique.Telle a été la miséricorde d'Allah pour moi.

Au long de ces jours, l'une des choses dont je souffrais était l'intoxication alimentaire du fait que la nourriture qu'ils me donnaient était affreuse, et la cellule, la cellule de souffrance, d'une ****té repoussante. Le docteur et les infirmières ne s'inquiétaient pas de ce qui m'arrivait et me négligeaient complètement. L'infirmière "Suédoise" est venue et je lui ai dit que j'avais vomi, que j'avais la diarrhée et la fièvre et que j'étais très malade. Elle a dit : "nous allons attendre trois jours et si vous êtes toujours dans le même état, j'en parlerai au docteur". Au bout d'un moment, ils m'ont ramené à l'hôpital, renvoyé aux jours de privations. En écrivant le récit de cette tragédie, je ressens la souffrance de la privation que j'ai subies. C'est comme un scénario de film et pourtant, cela s'est vraiment produit . Mon Dieu, mon Dieu, je vous demande de ne pas me priver de ma récompense pour avoir persévéré pendant ces jours sombres. Je suis resté à l'hôpital aussi longtemps que la fois précédente : trois semaines, et ils ont essayé de nouvelles façons de me stresser psychologiquement. Puis ils m'ont ramené à la même cellule de souffrance, la même cellule froide en métal. Quand le séjour du psychiatre à Cuba s'est terminé et qu'il était sur le point de partir, il est venu dans ma cellule et m'a dit : "tu nous as vraiment surpris. Malgré tout ce qu'on t'a fait, et les pressions psychologiques auxquelles nous t'avons soumis, tu es toujours là, et tu ne t'es pas écroulé. Tu n'as même pas eu besoin d'antidépresseurs!" J'avais gardé le silence face à tous ces défis, mais je lui ai dit : "Nous sommes musulmans. Allah est avec nous, il est notre Soutien, le meilleur Soutien et le meilleur Protecteur. Nous avons le saint Coran dans les mains, qui est miséricorde et guérison. Aussi longtemps qu'un Musulman cultive sa relation avec Allah, Allah lui pardonne, a pitié de lui, allège ses difficultés et le protège contre le [illisible]" .Ce [illisible] a terminé l'une des périodes les plus dures de ma vie ; c'était plus dur que la torture physique. Cela a pris fin dans la réalité, mais cela n'a pas quitté mon esprit et cela reste dans ma mémoire. La douleur, le chagrin et les blessures restent dans ma mémoire et comme je voudrais pouvoir oublier.
Réponse avec citation
  #3 (permalink)  
Vieux 25/07/2006, 12h20
Senior Member
 
Date d'inscription: juillet 2006
Messages: 179
Par défaut

Le Camp 5


Cette phase a pris fin quand ils ont achevé de construire le Camp 5, qui s'est ouvert le 25 mai 2004. Je suis allé dans ce nouveau camp pour commencer une nouvelle phase de malheur, de privations, d'humiliation et de détresse. Un ordre est venu de me transférer au camp 5 pour que j'y finisse le reste de mes jours à l'isolement . Toutes les cellules du camp 5 sont des cellules d'isolement et la totalité du bâtiment était entièrement en béton préfabriqué. Quand je suis allé au camp 5, là où j'écris mes mémoires, ils m'ont rendu mon pantalon et ma couverture, mais un mois après mon arrivée ils ont émis de nouveaux ordres et m'ont repris toutes mes affaires et je suis resté dans cet état pendant près de deux semaines. J'étais encore dans le même programme qu'à l'hôpital et au camp d'isolement I Inde. Ils avaient les mêmes instructions sur papier sur la façon de me traiter que celles que les soldats suivaient lorsque j'étais à l'hôpital et au camp d'isolement I Inde. Puis Allah m'a rendu la vie plus facile, ils m'ont rendu mes affaires. Je ne sais pas comment décrire "mes affaires"; il y avait seulement une couverture **** et un matelas en plastique. Mais au moins, cela me protégeait du froid. Ici il y avait la climatisation centrale dans les cellules et le temps était froid. Ceux qui travaillaient à la clinique psychiatrique ont essayé de me faire du mal, mais Allah, le Très-Haut, dans sa miséricorde m'a sauvé de leurs projets. Le contrôle qu'ils exerçaient ici n'était pas aussi fort que celui du camp Delta. Le camp 5 a des règles dures qui sont les plus dures de tous les camps de Cuba, comme le camp Delta et le camp Echo. Tout est informatisé ici, même les portes, la lumière, et les caméras; tout est commandé par ordinateur. Aussi, quand mon dossier a été accepté par le cabinet d'avocats, c'était par la grâce d'Allah , et si mes souffrances ont été réduites c'est parce qu'ils avaient peur que ces événements parviennent au monde extérieur par les avocats... Ici au camp 5, les cellules n'ont pas de fenêtre à l'exception d'un petit trou couvert de verre sans que personne puisse rien voir du fait qu'il est si petit. La lumière ici à l'intérieur des cellules est permanente et très forte. Sur les portes, il y a des judas couverts de l'extérieur. Si un soldat veut regarder à l'intérieur, il peut soulever le couvercle et regarder. Le verre est comme celui d'un miroir et de l'intérieur personne ne peut voir à l'extérieur. Comme je l'ai déjà indiqué, dans les quatre secteurs du camp 5 et dans les corridors, il y a l'air conditionné central. Cependant ils ont apporté des énormes ventilateurs et les ont mis dans les couloirs du camp entre les cellules. Ces choses-là sont extrêmement bruyantes et dérangeantes. Elles font un bruit de moteur d'avion. Lorsque nous leur en avons parlé, ils ont dit que c'étaient les ordres des enquêteurs parce que cela les aidait pour les interrogatoires. Ils ont dit qu'ils mettaient ces ventilateurs là de sorte que nous ne puissions pas nous parler.

Quant à l'eau, ici et partout à Guantánamo, elle est vraiment mauvaise, elle est jaune et quelquefois elle sent les égouts. Très souvent, il y a eu des vers dans l'eau. Quand je les montre aux soldats et au dispensaire, ils me disent de jeter l'eau et de prendre d'autre eau pour boire. La nourriture ici est la pire de toutes et il y en a très peu. Toute louange à Allah en tout cas. Nous n'avons pas le droit d'entrer à la bibliothèque ni d'avoir des livres, sauf pendant l'enquête. Il y a environ deux ans, ils nous ont empêché d'avoir des livres religieux et nous ont donné des livres sur l'amour et l'érotisme, des livres qui déforment la religion islamique et qui insultent Allah et le prophète ******* (Paix et bénédiction sur lui). Quant aux soins de santé ici, ils sont pires que tout; il n'y a pas de traitement ici et pas de médicaments, à l'exception des tranquillisants. Certains des détenus, y compris moi-même, ont même vomi du sang. Je raconterai cela plus tard. Un grand nombre de détenus souffre de nombreuses maladies différentes et personne ne les soigne sinon Allah, à qui nous nous plaignons. Quant à pouvoir sortir dehors au soleil, cela arrive rarement. L'ERF suit le même programme qu'auparavant. Il y a d’autres soldats ici qui mettent des détergents d'une odeur très forte à l'extérieur de nos cellules de sorte que nous suffoquons presque à cause de l'odeur. Ils nous entravent ici d'une manière complètement différente de celle des autres camps, ils nous attachent les mains derrière le dos. Il y a des insectes venimeux ici comme des scorpions et des araignées venimeuses. Quelquefois les soldats les tuent dans les couloirs devant nos cellules. Quelquefois ils entrent dans nos cellules et j'ai raconté avoir été piqué par un scorpion. Bien des choses ici sont pires que dans les autres camps.

Je reviens maintenant à mon histoire. En mars 2005, j'ai rencontré l'avocat qui avait accepté mon dossier. Je lui ai raconté la torture, les violations et agressions que j'avais subies et je ne sais pas si on nous espionnait. Quand l'avocat est parti, un soldat est venu et il avait mis le [illisible] militaire et il était en colère. Il a dit : "il vaut mieux que tu oublies tout ce qui t'est arrivé et que tu n'en reparles à personne, pour ta sécurité à l'avenir ". Il est parti après m'avoir menacé. Ils m'ont donné une nourriture avariée par trois fois, et quand j'ai dit au soldat qui distribuait la nourriture que celle-ci était avariée et qu'elle avait un drôle de goût,: il m'a dit : "c'est ce qu'on m'a dit de te donner !" Depuis lors et encore maintenant, je suis malade. J'ai constamment des vertiges, j'ai mal à la tête en permanence, je vomis tout le temps, je m'évanouis fréquemment et j'ai des douleurs terribles dans le coeur et le bras gauche qui est constamment engourdi. J'ai envoyé à l'avocat plusieurs lettres pour lui dire ce qui s'est passé et j'ignore s'il les a reçues ou non. À la fin mars 2005, il m'ont emmené pour interrogatoire et je me suis trouvé devant un enquêteur afro- américain qui s'appelait Jérémiah et un Blanc qui s'appelait Sam. Puis un autre enquêteur du FBI est venu. J'ai oublié son nom. Celui-ci apportait du **** avec lui. Il voulait me faire croire que c'était du poulet, mais je ne l'ai pas touché. Ensuite ils m'ont pris, ont commencé à me menacer et à crier après moi dans la salle d'interrogatoires. Ils m'ont insulté et m'ont dit des choses indécentes. Ensuite ils m'ont pris mes affaires et m'ont pris les lettres que ma famille m'avait envoyées. Ils ont parlé au docteur pour lui dire d'arrêter de me donner les repas en purée que celui-ci m'avait permis d'avoir en raison de la maladie d'estomac dont je souffre. Il y avait un an que j'avais ces repas et ensuite ils ont arrêté une partie du traitement que je prenais. Mon état de santé est devenu très mauvais récemment. Je tombe et perds connaissance presque chaque jour. Le 12 juin 2005, dans la soirée, quand mon repas du soir m'a été apporté, il y avait un scorpion mort sur l'assiette. Quand j'ai mangé un peu et que j'ai vu le scorpion, j'ai rendu la nourriture au soldat en lui montrant le scorpion. Le même soir, au même repas, un frère tunisien appelé Hecham a aussi reçu une assiette de nourriture avec un scorpion mort dedans. Depuis le jour où ils m'ont menacé et jusqu'à maintenant, j'enlève des insectes et des bousiers de la nourriture et je les montre au soldat qui me dit alors : en veux-tu une autre assiette?! J'ai commencé à vomir du sang. À la fin juin 2005, il y a eu un problème dans notre camp lorsqu'ils ont agressé et frappé notre frère, Hecham le Tunisien, qui a perdu du sang et subi plusieurs blessures et ecchymoses. Quand nous avons appelé le gardien chef, il est venu et pendant qu'il parlait à Hecham, il y avait un scorpion jaune qui marchait entre les cellules. Le gardien chef l'a tué. La même nuit, un scorpion est entré dans ma cellule et m'a piqué. J'ai demandé à l'un des soldats d'appeler le dispensaire mais personne n'est venu jusqu'à l'aube du lendemain, après que des heures furent passées depuis que j'avais été piqué. J'ai essayé de presser la peau là où j'avais été piqué pour extraire le poison. Ma jambe enflait et rougissait, je frissonnais et je suais de partout. J'ai essayé de le guérir par ruqya (guérison par la prière), et grâce à Allah et à la ruqya, le danger a regressé. Quand l'infirmier est venu, il m'a donné seulement un antalgique et un cachet pour la démangeaison. Maintenant ma santé est très mauvaise. Je vomis du sang et je le montre aux infirmiers et aux soldats, mais cela ne sert à rien. Une fois, j'ai vomi du sang dans une tasse et ce sang est tombé hors de la cellule devant le garde. Je lui ai expliqué que j'étais malade et je lui ai dit que ce sang venait de mon estomac. Il a dit qu'il en parlerait au dispensaire mais le dispensaire n'a rien fait. Quand je me suis plaint à eux, ils ne m'ont donné que des antalgiques. C'étaient des cachets de Motrin. Les docteurs nous conseillaient de ne pas les prendre parce qu'ils provoquent des ulcères et endommagent le foie, les reins, l'estomac et la vue. Ils ont aussi de nombreux effets secondaires. Ils est étrange qu'en dépit de cela il nous les prescrivent encore. J'ai de nombreuses ulcères à cause d'eux et de nombreux détenus souffrent d'ulcères. Toute louange à Allah en tout cas, bien que ma santé ait empiré et que je puisse à peine me tenir debout en raison de mon amaigrissement extrême, des vertiges, maux de tête et de vomissements de sang. J'ai perdu plus de 30 kg depuis que j'ai été emprisonné jusqu'à ce jour. Je pèse maintenant près de 55 kg. Ma santé est devenue si mauvaise que le 7 juillet 2005, j'ai vomi du sang et j'ai écrit avec en anglais sur le mur de la cellule "je suis malade et j'ai besoin d’un traitement". Le garde est venu et je lui ai dit que c'était du sang de mon estomac, que j'étais malade depuis longtemps, que personne ne voulait me soigner et que le dispensaire était très négligent en matière de soins à notre égard. Il est allé parler à un officier puis m'a conduit au dispensaire. Le docteur m'a examiné et m'a donné immédiatement des substances nutritives . En même temps, des autorités sont venues avec une caméra vidéo et ont filmé le mur de la cellule. Puis l'un d'entre eux est venu me voir au rez-de-chaussée du dispensaire et m'a dit: "nous nous inquiétons de votre maladie parce que nous avons peur que nos soldats l'attrapent". Mais il n'était pas franc, ils n'ont pas fait grand-chose sujet de ma maladie, ma tension artérielle continue à faiblir; il y a quelques jours elle était à 90/50. Mon rythme cardiaque est lent; hier il était à 40/80. Je ne peux même pas faire confiance à l'infirmier. J'ai été réexaminé trois fois. Au camp 5, il y a des frères qui vomissent du sang comme moi : Jarallah Salih Al-Marri du Qatar, Khalil Al-Mutairi du Koweit et Abdullah Aali Al Otaibi de Makkah Al-Mukaramah en Arabie Saoudite. Chaque jour je tombe et je m'évanouis et personne ne veut me soigner. Au moment où j'écris ces mémoires, nous avons commencé notre grève de la faim. Aujourd'hui c'est la fin de la deuxième semaine et la grève continue encore. Il y a près de quatre ans que nous sommes à Cuba et pendant tout ce temps nous n'avons été ni jugés ni inculpés. Nous sommes aussi en grève de la faim à cause des sévices et des négligences médicales auxquelles nous sommes confrontés et parce qu'ils nous empêchent d'apprendre ce qui concerne notre religion et les questions religieuses. Il y a deux jours, pendant que j'écrivais ces mémoires, j'ai été très malade; je suis tombé et on m'a pris à l'hôpital. J'y ai passé deux jours puis ils m'ont ramené ici. Me voilà maintenant, alors que j'essaie d'écrire la dernière page de mes mémoires, je suis dans un état lamentable. Ma tension est tombée à 80/40 et même moins. Toute louange à Allah en tout cas. A l'hôpital j’ai vomi une demi-tasse de sang et ils ne m'ont pas donné de traitement, ils ne m'ont donné que des substances nutritives. Je suis à l'isolement depuis plus de 20 mois. J'ai parlé à la délégation du Bahrein quand ils sont venus au début de l'année mais comme d'habitude cela n'a servi à rien. Après que la délégation eut quitté Cuba, l'un des enquêteurs, appelé Matt Varani, m'a donné des cadeaux dans une boîte apportée du Bahrein par la délégation. C'était une boîte avec le meilleur chocolat du Bahrein, des bonbons du Bahrein, des mamouls (pâtisseries sucrées aux dattes) et d'autres articles. Il a dit que c'était un cadeau de la délégation du Bahrein pour nous. Ces présents étaient fabriqués par une société très connue et célèbre du Bahrein. Quant au problème des soldats qui se moquent des pratiques religieuses islamiques, l'un d'entre eux vient encore jouer du tambour et faire du bruit quand nous prions. Les soldats continuent aussi à maltraiter le Coran. Je demande à Allah de mettre fin pour nous à cette tribulation... J'ai écrit l'histoire de mes souffrances et de mes peines, cette histoire qui n'est pas terminée et que je traverse encore vivant. J'ai écrit ces lignes de derrière les murs de ces horribles camps de détention. J'ai écrit ma douleur et ma tristesse. Je ne sais ce qui arrivera à l'avenir et quel sort m'attend, quand la fin viendra et comment elle sera. Je demande à Allah que cette fin soit bonne, que mes frères détenus et moi-même soyons libérés bientôt.

Pour conclure, je m'excuse auprès de celui qui lira ceci , car ce n'est pas organisé de manière très cohérente et c'est mal exprimé. Je suis très malade et nous sommes encore en grève de la faim au moment où j'écris cela. Je demande à Allah d'améliorer ma situation et celle de mes camarades de détention. Ne nous oubliez pas dans vos prières.

Que la paix, les bénédictions et la miséricorde d'Allah soient sur le Prophète Mohamad (Paix et bénédiction sur lui), sa famille et tous ses compagnons.


Juma Bin Muhammad Bin Abdul Latif Al-Wadani Al-Dossari
Camp 5, Guantanamo, Cuba
Samedi 16 juillet 2005 (ére chrétienne)
10 Jumada Al-Thani 1426 (Hégire)
Réponse avec citation
  #4 (permalink)  
Vieux 25/07/2006, 12h21
Senior Member
 
Date d'inscription: juillet 2006
Messages: 179
Par défaut

Je voudrais ajouter cette note à l'histoire que j'ai écrite et dans laquelle j'ai relaté les tortures horribles auxquelles j'ai été soumis dans les camps de détention américains. J'ai écrit un chapitre sombre de ma vie, plein d'injustice et d'agression. Cependant, j'aimerais aussi clarifier un point très important que voici : en tant que musulmans nous avons appris du saint Coran et du Prophète Mohamad (Paix et bénédiction sur lui), qu'un Musulman doit être juste en toutes circonstances s'il est attaqué. Un Musulman ne fait pas de tort à une personne qui l'attaque. Nous avons reçu l'enseignement du saint Coran et du Prophète Mohamad (Paix et bénédiction sur lui), selon lequel la justice et l'équité sont les choses les plus importantes. Je voudrais donc indiquer que ce ne sont PAS TOUS les soldats de Guantanamo qui m'ont torturé et opprimé. Il y avait des soldats qui nous traitaient humainement, certains d'entre eux pleuraient à cause de ce qui nous arrivait et ils étaient embarrassés par le mode de direction du camp et même par le gouvernement américain, leur manque de justice et l'oppression à notre égard. Pour donner un exemple, quand j'étais au camp Inde du Camp Delta et qu'on me torturait, un Afro-américain est venu vers moi. Il m'a dit qu'il était désolé et m'a donné une tasse de chocolat chaud et quelques biscuits sucrés. Quand je l'ai remercié, il a dit :"Je ne veux pas de tes remerciements. Je veux que tu saches que nous ne sommes pas tous mauvais et que nous pensons autrement". Lorsque j'ai parlé à un soldat et lui ai dit ce qui m'était arrivé, il pleurait, il avait les larmes aux yeux. Il était ému, de toute évidence. Il m'a dit qu'il était désolé de ce qui m'était arrivé et il m'a aussi offert de la nourriture. Ce sont des exemples pour montrer aux lecteurs qu'il y a des soldats capables d'humanité, quels que soient leur ****, leur sexe ou leur foi. C'est pourquoi j'ai ajouté cette note à la fin de mon histoire, pour que le lecteur de mes mémoires ne pense pas que j'ai des préjugés contre tous les Américains. Cependant, je n'ai pas cité ces exemples dans mon histoire parce que je me souvenais de toutes les mauvaises chose qui m'étaient arrivées et je ne pensais pas à cela. Mais, pour rester juste et équitable, j'ai ajouté cette note à mon histoire pour tous les Américains qui liront ce message.

Juma Al-Dossari
Réponse avec citation
  #5 (permalink)  
Vieux 25/07/2006, 14h49
Senior Member
 
Date d'inscription: mai 2006
Messages: 141
Par défaut

salam ou aleykom,

A partir de la troisieme parti du texte je n'en pouvait plus!

Ya Allah aide nos freres qui sont prisonniers de ces *****s!
Ya Allah fait subir a ces *****s des soufrances encore plus pires que celles infliger aux gens de pharaons et a qoraish!
Ya Allah accepte leur priere et leur Du'as!
Ya Allah permets-nous de les aidez par tout les moyens possibles!
Réponse avec citation
Réponse