Le 11-Septembre en procès. Près de sept ans après les faits, Khalid Cheikh Mohammed, présenté comme le cerveau des attentats, et quatre complices présumés ont comparu pour la première fois devant un tribunal militaire sur la base navale américaine de Guantanamo, à Cuba. L'ancien numéro trois d'Al-Qaïda a dit vouloir "être un martyr". Mais le procès pourrait tourner court.
Khalid Cheikh Mohammed est présenté par les autorités américaines comme le cerveau du 11-Septembre. (Reuters)Khalid Cheikh Mohammed est présenté par les autorités américaines comme le cerveau du 11-Septembre. (Reuters)
"Oui, c'est ce que je souhaite, être un martyr pour longtemps". Pour sa première apparition publique depuis sa capture au Pakistan en 2003, le cerveau présumé des attentats du 11 septembre 2001, Khalid Cheikh Mohammed, a joué la provocation jeudi. Lors de sa comparution devant le tribunal militaire de Guantanamo, qui doit lui notifier les chefs d'accusation, l'homme a affirmé vouloir la peine de mort.
Cette première audience était donc consacrée à la lecture de l'acte d'accusation. L'ancien numéro trois d'Al-Qaïda et ses quatre co-prévenus sont accusés de crimes de guerre pour des faits de meurtre, d'attaque de civils et de terrorisme. Les attentats du 11 septembre ont coûté la vie à 2 973 personnes.
Tribunal militaire oblige, la défense est assurée par des officiers de la marine et de l'armée de l'air. Deux avocats civils originaires de l'Idaho complètent le tableau. Khalid Cheikh Mohammed a toutefois refusé l'assistance de son avocat, expliquant que sa religion lui interdisait d'accepter d'être représenté par un conseil américain. Parmi ses quatre co-accusés, figurent Ramzi Binalshibh, qui aurait été le principal intermédiaire entre les pirates de l'air et les dirigeants de la nébuleuse terroriste et Ali Abd al-Aziz Ali, le neveu de Sheikh Mohammed. Les deux autres - Mustafa Ahmad al-Hawsawi et Walid bin Attach, auraient quant à eux choisi et entraîné les dix-neuf pirates de l'air.
Technique du "waterboarding"
Mais le procès pourrait bien tourner court. D'abord, parce qu'une polémique fait rage sur la manière par laquelle ont été obtenus les aveux des prévenus. Selon une transcription de ses propos diffusée par le Pentagone en mars 2007, Khalid Cheikh Mohammed s'est dit responsable de "A à Z" des attentats. . "J'étais le responsable opérationnel pour cheikh Oussama [Ben Laden, ndlr] de l'organisation, de la planification, du suivi et de l'exécution de l'opération 11-Septembre", a-t-il ainsi expliqué.
Mais le problème porte sur les techniques d'interrogatoire utilisées pour obtenir ces aveux. L'administration Bush a elle-même reconnu avoir eu recours au "waterboarding" - simulacre de noyade - dans son cas. Une méthode considérée par beaucoup comme de la torture. La Maison blanche, elle, affirme que c'est une technique légale. Le directeur de la CIA avait ainsi justifié cette pratique par le fait que ces détenus "possèdent des informations qui pourraient permettre d'éviter de nouveaux morts aux Etats-Unis", selon des propos rapportés par CNN le 11 février dernier. Selon ses défenseurs, Khalid Cheikh Mohammed pourrait avoir subi une altération de ses capacités intellectuelles en raison de ces méthodes d'interrogatoire. Ce dernier a d'ailleurs indiqué jeudi avoir parlé "sous la torture". "On m'a fait dire beaucoup de chose", a-t-il encore déclaré.
Ensuite, parce que la légalité de ces tribunaux n'est toujours pas acquise. Leur existence avait été invalidée en 2006 par la Cour suprême américaine, jugeant ce type de tribunal inconstitutionnel. Leur statut avait ensuite été modifié et ces tribunaux militaires avaient de nouveau été instaurés par le Congrès quelques mois plus tard. Mais une certaine confusion entoure toujours leurs règles de procédure. La Cour suprême doit de nouveau se prononcer ce mois-ci sur les droits des prisonniers de Guantanamo. L'un des avocats de la défense, le colonel Steve David, a d'ores et déjà prévenu qu'il entendait démontrer "avec zèle les failles de cette juridiction", la jugeant "fondamentalement biaisé". La date officielle d'ouverture du procès est fixée au 15 septembre mais rien n'est moins sûr.