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| Guantanamo Les prisonniers à Guantanamo |
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«Ma question, c'est que je suis ici sans raison» Quatre ans après l'ouverture du camp, le Pentagone a été contraint par la presse de publier les comptes-rendus d'interrogatoires de plusieurs centaines de prisonniers à Guantanamo. Des documents qui lèvent un coin de voile sur la réalité de la base militaire américaine à Cuba. Par Judith RUEFF lundi 06 mars 2006 (Liberation.fr - 18:10) Question du président du « tribunal », un colonel de la marine américaine : « Quand Osama Ben Laden a attaqué le World Trade Center aux Etats-Unis, où étiez vous ? Dans quel pays vous trouviez-vous ? » Réponse d'un détenu de la plus contestée des prisons américaines, le camp de Guantanamo Bay, à Cuba : « Monsieur, j'étais chez moi, j'ai 18 ans, à l'époque j'étais très jeune et j'ai appris à la radio ce qui s'était passé. » L'interrogatoire continue. Est-il allé au Pakistan après le 11 septembre ? Avant ? A-t-il jamais pris les armes contre les Américains ou l'Alliance du Nord (leurs alliés contre le régime taliban en Afghanistan) ? Les réponses sont laconiques. On apprend au passage que le jeune homme soupçonné d'accointances avec Al Qaeda a passé trois mois dans les geôles talibanes pour avoir fait la fête le jour de la naissance de son petit cousin. « Ils punissaient toute une génération » tente-t-il d'expliquer à l'officier américain. L'échange, qui figure parmi les cinq mille pages de documents rendus publics ce week-end par le ministère américain de la Défense, commence par une « question » du prisonnier afghan : « Ma question, c'est que je suis ici sans raison ; vous devriez m'aider parce que quelqu'un vous a donné de fausses accusations à mon sujet. » Quatre ans après l'ouverture du camp pour terroristes présumés sur sa base navale à Cuba, le Pentagone a été contraint par la presse américaine de publier les comptes-rendus d'interrogatoires de plusieurs centaines de prisonniers. Au nom de la liberté d'informer, l'agence Associated Press (AP) a en effet attaqué le Département de la Défense américain en justice, et a gagné en janvier. Le Pentagone a dû s'incliner et a livré 317 procès-verbaux d'interrogatoires, certains comportant les noms des détenus, diffusé sous forme de CD-rom ou accessible sur demande sur son site internet. On est donc encore loin de la liste complète des 760 suspects passés par Guantanamo (270 ont été relâchés, 490 y sont toujours parqués sans jugement) réclamée en vain par les associations de défense des droits de l'homme. Mais la publication de ces documents permet d'entrevoir une partie de ce qui se passe derrière les grillages surmontés de barbelés du camp. Certains revendiquent haut et fort leur appartenance à Al Qaïda et se disent «honorés» d'être considérés comme "combattants ennemis» par la justice américaine. Alors que plusieurs ex-prisonniers ont raconté leur séjour à Guantanamo et les traitements dégradants auxquels ils ont été soumis, les PV d'audition dessinent un système kafkaïen. Florilège. Abdur Zahid Rahman se présente aux militaires américains qui l'interrogent comme un villageois pakistanais. Arrêté chez lui à l'automne 2001, il a été expédié en Afghanistan les Américains. Il est ensuite accusé d'être un haut dignitaire du gouvernement taliban. Une faute de frappe apparemment. « Je ne suis qu'un pauvre éleveur de poulets pakistanais » se plaint-il. « Je m'appelle Abdur Sayed Rahman. Abdur Zahid Rahman était l'adjoint du ministre des Affaires étrangères taliban. » « Un Américain m'a dit que j'avais été arrêté par erreur et que je serai libéré dans deux jours » raconte-t-il encore aux officiers. « Je n'ai plus jamais vu cet Américain et je suis toujours là. » Gholam Ruhani est un Afghan d'« à peu près 26 ans ». On lui reproche d'avoir travaillé pour les services de renseignement talibans. « La loi sous les Taliban obligeait les jeunes à rejoindre les Taliban » se justifie-t-il. « J'étais obligé d'y aller, mais j'ai souvent protesté en disant que mon père était âgé et que je voulais rentrer dans ma famille. (…) Si je n'avais pas coopéré avec les services de renseignements, ils m'auraient envoyé au front et j'avais peur d'être tué. » Ce qu'il souhaite, c'est pouvoir s'expliquer devant un tribunal, un droit reconnu par la Cour Suprême des Etats-Unis mais qui n'a pas encore été appliqué, même si une poignée de prisonniers ont été inculpés en bonne et due forme. Ruhani profite de son entretien pour se plaindre de trois années de détention abusive : « J'ai une réclamation : coupable ou non, mon cas devait passer devant une cour ou un tribunal au moment de ma capture. » « Mon plan, c'était de devenir riche », explique Abdul Majid Muhammad, qui trafiquait l'opium et le hashich dans son pays, l'Iran, et jure n'avoir pas eu la moindre intention de rejoindre le jihad contre les Américains en Afghanistan. Plusieurs prisonniers ont un casier judiciaire chargé en matière de narcotiques. Un co-détenu algérien installé en Allemagne d'où il faisait commerce de drogues raconte aux juges militaires que le kilo de cocaïne s'achetait 700 dollars en Afghanistan pour se revendre 300 000 dollars en Europe… D'après son interrogatoire, Salih Uyar a été arrêté à Kaboul et est accusé d'appartenir à un groupe islamiste turc. Il a fait un voyage en Syrie, « pour apprendre l'arabe » dit-il, et portait une montre Casio F-91W, un modèle « utilisé lors d'attentats menés par Al Qaeda ». Comme plusieurs autres suspects propriétaires de cette montre internés à Guantanamo, il s'énerve contre la faiblesse de la « preuve » retenue contre lui : « Si c'est un crime de porter cette montre, vos soldats aussi en ont, est-ce que ça veut dire que ce sont aussi des terroristes ? » Sur le Net : Deux listes non complètes mais régulièrement mises à jour des prisonniers de Guantanamo : celle d'Associated Press et celle du Wahington Post. Consulter les procès-verbaux des interrogatoires (en anglais) sur le site britannique Cageprisonner.com http://www.liberation.fr/page.php?Article=364878 |
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