Citation:
"Je vous écris de prison..."
(19/05/2008)
Un détenu nous raconte son quotidien
FOREST "Nous avons traversé une période de fortes chaleurs. Je dois vous dire que depuis que je suis ici, c'est-à-dire le mercredi 2 avril dernier, je porte toujours, par manque de moyens, les mêmes sous-vêtements, slip et bas que je portais au premier jour. Je parviens à les laver en profitant de chaque séance de douche, qui sont prévues deux fois par semaine.
Sans conteste, le plus dur en cellule, c'est la promiscuité et l'absence totale de toute intimité en ce qui concerne notamment les besoins naturels. Je voudrais parler d'abord de cette grève à la prison de Forest. La majorité des surveillants sont des gens que je qualifierais d'aimables. Mais ils restent des fonctionnaires : ce qui n'est pas réglé aujourd'hui le sera par l'équipe suivante ou alors la semaine prochaine. Personne ne devient agent pénitentiaire par vocation, mais par l'attrait d'un emploi. Et, comme dans toutes les professions, il y a les gentils et les autres.
Le personnel de la prison de Forest sent que sa sécurité est en danger. Avec les chaleurs, la prison devenait une poudrière.
Je suis diabétique. À la prison de Forest, le service qui mérite tous les mercis, c'est le service médical, en particulier l'équipe des infirmiers. Et pourtant ici, humanité, dignité et intimité sont des mots qui n'ont plus de sens. Depuis que je suis ici, il y a eu, dans l'aile, un suicide après 2 jours et une tentative avortée samedi passé. Je pense à l'absence de suivi pour les jeunes qui sont ici : Belgique, mon pays, ta justice est bien malade.
J'ai toujours eu un intérêt pour la protection animale : j'ai la même image pour un refuge animal que pour cette prison : parcage dans des cages, cellules par race, pâtée journalière, courte promenade, commodités en commun et l'attente interminable de la personne qui vous redonnera la liberté.
Quand j'ai été arrêté, le juge, qui m'a tout simplement refusé de vérifier ce qui aurait pu me disculper, m'a dit : "Je suis au regret de vous dire que je vous mets en prison et que cela ne peut que vous faire du bien."
Dimanche et mercredi, j'ai eu des entretiens avec deux psys qui m'ont affirmé que ma place n'était pas en prison. Mais j'y suis.
Ma défense ? Je n'ai même pas les moyens de changer de slip ! Alors j'ai dû me tourner vers le système pro deo. Je vais vous dire : bien sûr, ce système a le mérite d'exister. Mais dans les faits, il y a un manque total de motivation chez ces avocats désignés d'office et je peux les comprendre. Mais cela condamne d'avance tout détenu qui n'a pas les moyens. Ma comparution en chambre du conseil a dû être postposée de trois jours. Motif ? L'avocat n'avait pas pris connaissance du dossier.
L'hygiène ? Nous sommes trois en cellule. Il est impossible de garder les boissons fraîches. Les W.-C. sont à même le sol : des trous où l'on fait sans paravent sans intimité, et je ne vous décris pas les odeurs. Et sur les 3, il y en a un qui n'a comme couchage que le sol. On perd toute dignité humaine, ce dont on souffre aussi pour chaque transfert vers le palais de justice, que l'on subit dans un moment important, où l'on devrait avoir la possibilité de trouver des forces, de lever la tête, au moment d'être menotté et fouillé, comme humiliation qui vous abat encore un peu plus. "
Dans du courrier sorti vendredi passé de la prison de Forest, un Bruxellois actuellement en détention préventive décrit, de l'intérieur, sa vie en cellule, la promiscuité et son corollaire, absence de toute intimité et perte de la dignité humaine.
Il décrit une hygiène qui n'a plus changé depuis le 19e, ainsi dans la façon pour des détenus à ce stade toujours présumés innocents, de satisfaire, au vu de tous, leurs besoins naturels.
Témoin privilégié, il évoque la grève à la prison de Forest, une poudrière, dit-il, particulièrement quand il a fait si chaud la semaine dernière. Le mouvement des agents pénitentiaires est aussi, selon lui, l'expression d'une crainte du personnel pour sa sécurité.
Prépensionné du secteur bancaire, R., 57 ans, est le contraire d'un délinquant professionnel. Il n'avait jamais fait de prison.
Un vrai problème, dénonce-t-il, est le "peu de motivation" , qu'il constate, des "avocats désignés pro deo pour les détenus qui n'ont pas les moyens" . Il fait ainsi le constat d'une justice à deux vitesses.
Du concret : le même slip depuis 6 semaines. Et les tabous : comme les suicides et le silence qui entoure : depuis avril, au moins un à l'aile C, d'un Polonais de 20 ans passé par pertes et profits, au sens en tout cas où ce décès, comme systématiquement tous les autres, fut tu aux médias.
R. n'est pas inculpé de meurtre ou assassinat, pédophilie, viol, hold-up, vol, coups, violences. À travers ce témoignage, R., en préventive pour harcèlement, met le doigt sur des conditions de détention en Région bruxelloise, qui balaient la présomption d'innocence des détenus en attente. Comment un individu maintenu dans des conditions d'un autre temps peut-il, le moment venu, valablement se défendre.
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