SALAM ALEIKOM,
Ils étaient trois, originaires de Tours (Indre-et-Loire), une ville rarement citée sur les cartes de l'islam radical en France. Trois à s'être persuadés, semble-t-il, que le seul horizon digne de leur foi était le djihad en terre étrangère. Ils avaient hésité entre l'Afghanistan, la Tchétchénie et l'Irak, leur choix s'était porté sur ce dernier. Leur expédition, "artisanale", s'est soldée par un échec.
Abdelhamid Sakhi, 31 ans, et Nasr Eddine Berradja, 19 ans, ont été expulsés le 21 novembre par la Syrie vers la France. Placés en garde à vue à leur arrivée à la direction de la surveillance du territoire (DST), dans le cadre d'une enquête préliminaire, ils ont été mis en examen, le 25 novembre, pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et écroués, après l'ouverture d'une information judiciaire. Ils ont reconnu avoir voulu mourir en martyrs, en combattant les forces américaines, indique une source proche de l'enquête. Leur compagnon de route, Moustapha el-Sanharawi, 20 ans, a été à son tour expulsé vers la France et placé en garde à vue, le 28 novembre.
Les trois jeunes gens ont été interpellés le 16 octobre dans une mosquée de Deir Ez Zor, après un contrôle des fidèles par les services syriens. Cette localité, située sur l'Euphrate, se trouve au nord-est de Damas, à quelque 150 km du territoire irakien. Arrivés le 12 novembre sous leur véritable identité, après avoir transité par un pays de l'ex-URSS, ils n'avaient, apparemment, aucun contact avec un passeur syrien pour franchir la frontière.
Abdelhamid Sakhi, de nationalité algérienne, marié et père de trois enfants, est sans emploi. Comme le Français Nasr Eddine Berradja, titulaire d'un BEP de plomberie, parti sans prévenir sa famille. Moustapha el-Sanharawi, français lui aussi, est issue d'une famille de haut niveau d'études. Son père est cardiologue à l'hôpital de Blois, sa mère enseigne l'arabe, trois des enfants poursuivent des études de médecine. Après avoir été, selon sa mère, un "élève brillant" au lycée Descartes, puis admis au concours des Mines, il étudiait depuis la rentrée à l'Ecole nationale supérieure des techniques avancées (ENSTA) à Paris. "C'était un garçon parfait, qui n'avait pas de relations douteuses", dit sa mère. Son fils lui a écrit un courrier pour dire qu'il se trouvait dans un pays arabe.
Quelques jours avant leur départ, les trois hommes auraient organisé une petite fête à Tours, puis laissé une lettre testament, dans la tradition du martyr. Selon les enquêteurs, ils se seraient "auto-radicalisés". Ils fréquentaient, notamment, la mosquée El Fath à Tours, où se réunit, d'après les policiers, un noyau de salafistes. Les trois jeunes gens se seraient encouragés mutuellement dans une démarche de rupture avec les valeurs occidentales.
"DE L'INVENTION"
"Nous sommes une simple famille musulmane, assure la mère de Moustapha el-Sanharawi. Notre fils n'a rien à voir avec un réseau de salafistes tourangeaux. C'est de l'invention." Selon elle, le but de l'équipée était de rendre visite en fin de ramadan à un imam de la ville syrienne de Deir Ez Zor, "très loin" de la frontière irakienne. Moustapha el-Sanharawi aurait quitté la France discrètement le 3 octobre, sans en parler à sa famille, informée de son arrivée en Syrie par courriel. "Notre fils savait que nous serions contre ce déplacement, précise Mme El-Sanharawi. Surtout dans un pays comme la Syrie qui est montrée du doigt par tout le monde. Ce n'est pas le moment d'y faire du tourisme." Durant sa détention en Syrie, Moustapha El-Sanharawi aurait été "maltraité", selon sa famille.
Au total, neuf personnes de nationalité française ou venues de France sont mortes en Irak, dont au moins deux dans des attentats-suicides. Deux sont emprisonnées sur place, une trentaine en France dans le cadre de plusieurs informations judiciaires. Enfin, les services sont sans nouvelles d'une douzaine d'individus, susceptibles d'être en Irak.
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