![]() |
![]() |
|
|||||||
| Al-Qâ'ida Toutes les informations concernant l'Organisation Al-Qa'ida. |
![]() |
|
|
LinkBack | Outils de la discussion | Modes d'affichage |
|
|||
|
Enquête
Pakistan : talibanisation en zone tribale LE MONDE | 29.11.06 | 15h34 • Mis à jour le 29.11.06 | 15h36 PESHAWAR - PROVINCE FRONTALIÈRE DU NORD-OUEST -, ENVOYÉE SPÉCIALE Au bout d'une étroite et tortueuse route qui traverse des montagnes pelées, le poste pakistanais de Torqam marque la frontière avec l'Afghanistan. Une haute porte en fer, que les gardes-frontières ouvrent et ferment à heure régulière, symbolise la séparation entre les deux pays. De chaque côté de la porte, d'innombrables chemins de traverse sont empruntés par les habitants de la région, dont la principale activité est la contrebande. De la drogue aux bicyclettes chinoises en passant par l'électronique venue de Dubaï, tout est bon pour alimenter de fructueux trafics qui durent depuis la nuit des temps. La "ligne Durand", du nom de l'administrateur britannique, Sir Mortimer Durand, qui en a tracé les contours en 1893, ne saurait diviser des tribus qui, par essence, ne connaissent pas de frontières. Les Pachtounes afghans n'ont d'ailleurs jamais reconnu la ligne Durand. Et, alors même que le Pakistan soutenait à bout de bras le régime taliban (1996-2001), qu'il avait beaucoup contribué à instaurer, celui-ci avait refusé de signer le traité qui aurait reconnu cette ligne comme définitive. L'indépendance des tribus pachtounes et la difficulté à les soumettre avaient poussé le colonisateur britannique à leur laisser une grande liberté : d'où la création d'une zone tribale divisée en sept "agences". Celles-ci ont été préservées par le Pakistan indépendant. Ces zones tribales sont aujourd'hui au centre des griefs de Kaboul contre le Pakistan, accusé de laisser cet espace servir de base arrière aux talibans et à leurs alliés d'Al-Qaida et du Hezb-e-Islami (parti fondamentaliste de l'ancien premier ministre afghan Gulbuddin Hekmatyar). Ceux-ci se battent en Afghanistan contre le régime du président Hamid Karzaï et les troupes de l'OTAN qui le soutiennent. Eloignées des centres urbains, très peu développées, les agences tribales ont bien servi les intérêts américains lors du djihad (guerre sainte) contre l'intervention soviétique en Afghanistan (1979-1989). C'est là que se trouvaient les camps d'entraînement, les dépôts d'armes des groupes de résistance alimentés par Washington à travers l'ISI (InterServices Intelligence, services de renseignement pakistanais). C'est de là, protégés par une chaîne de montagnes qui culmine à 4 000 m, que les moudjahidins partaient attaquer l'armée rouge ; et c'est là qu'ils revenaient. Cette expérience a laissé des traces : impliqués dans l'aide aux moudjahidins afghans, les habitants des zones tribales se sont vite persuadés qu'ils étaient les "soldats de l'islam". Le discours islamique, associé au djihad, s'est beaucoup développé avec la multiplication à l'infini des madrasas deobandi (écoles coraniques ultrafondamentalistes) du Jamiat Ulema Islam dans toute la zone. En corollaire, l'influence des mollahs a progressivement érodé celle des chefs de tribu, dont le pouvoir s'est amoindri. Enfin, des moudjahidins étrangers venus faire le djihad dans les années 1980 sont restés dans ces zones, où certains ont fondé des familles. A l'automne 2001, quand les bombes américaines ont commencé de pleuvoir sur l'Afghanistan, c'est tout naturellement vers ces zones que se sont dirigés les combattants d'Al-Qaida. Ils y ont souvent été conduits par d'anciens moudjahidins ou des commandants talibans comme Jalaludin Haqqani, aujourd'hui recherché, et dont la madrasa, près de Miranshar, dans le Nord-Waziristan, a été bombardée par des avions américains. "Près de deux mille combattants d'Al-Qaida ont traversé le Waziristan après les bombardements de décembre 2001 sur Tora-Bora", a affirmé, à l'époque, un chef tribal de la région. Poussé par Washington, le Pakistan a progressivement fait entrer son armée dans les zones tribales pour tenter de reprendre en main cette région frontalière essentielle pour le maintien de la paix dans les provinces pachtounes afghanes. Au début, celle-ci a été bien accueillie. Mais les opérations contre les militants, avec victimes civiles et destructions, l'installation de points de contrôle qui freinent la contrebande et, enfin, la fierté traditionnelle de ne pas se laisser conquérir ont radicalisé la population. A contrario, le manque d'emplois a aidé les militants d'Al-Qaida à recruter les jeunes des tribus, attirés, outre l'idéologie primaire du djihad, par les grosses voitures ou le style de vie de certains moudjahidins. Al-Qaida a déversé beaucoup d'argent dans les zones tribales pour s'y assurer des soutiens. Aujourd'hui, ces militants règnent en maîtres dans les agences du Sud et du Nord-Waziristan et n'hésitent pas à y éliminer tout opposant. Malgré l'accord de paix signé au Nord-Waziristan, le 5 septembre, entre le pouvoir pakistanais, les chefs tribaux et les activistes armés, qui prévoyait explicitement la fin des assassinats politiques, une dizaine de personnes accusées d'"espionner" au profit des Américains y ont été assassinées ; quelque deux cents autres, soupçonnées de soutenir le gouvernement, y ont été tuées depuis le début des opérations au Waziristan, en 2003. Face à une nouvelle génération de jeunes tribaux radicalisés, le pouvoir pakistanais n'a pas réussi à se faire entendre. Au contraire, ces zones échappent de plus en plus à son contrôle. Après avoir échoué avec la force, le gouvernement a essayé la paix, à travers le système traditionnel des jirga (assemblées de notables). Mais, comme le note un responsable tribal signataire de l'accord au Nord-Waziristan, "les chefs tribaux n'ont plus les pouvoirs qu'ils avaient face aux mollahs. Le mécanisme de vérification de l'accord du 5 septembre existe, mais, dans l'atmosphère de peur qui règne, quand tout partisan du gouvernement est assassiné, qui va prendre le risque de dénoncer les militants ?". Les accords de paix ont été signés pour freiner l'hémorragie au sein de l'armée, qui a perdu plus de six cents hommes dans les combats avec les militants. Ils ont aussi été conclus pour empêcher le malaise de s'étendre, alors qu'au moins six officiers sont passés en cour martiale pour refus de combattre et que de nombreux soldats ont déserté. Mais, de fait, ils ont joué en faveur des islamistes. Ainsi, un accord semblable était prévu dans l'agence tribale de Bajaur avant que le bombardement d'une madrasa (83 morts), revendiqué par l'armée pakistanaise mais attribué par les villageois aux Américains, ne vienne tout compromettre. Entre une guerre qu'il ne peut pas gagner et une paix avec les militants islamistes que dénonce son allié américain, le gouvernement pakistanais oscille. En attendant, la "talibanisation" des zones tribales gagne les districts adjacents... Françoise Chipaux Article paru dans l'édition du 30.11.06 |
![]() |
| Outils de la discussion | |
| Modes d'affichage | |
|
|