LE PREMIER POÈME DE MA VIE
Prudence, mon Frère, sur les terres du Pakistan,
La vie d’un homme, là-bas, a la saveur de l’argent.
J’y suis venu pour étudier, mais n’y ai appris que la traîtrise.
La Mosquée était une zone de guerre, encerclée et conquise.
Les policiers voulaient le silence : « Mains en l’air ! Taisez-vous ! »
Ils nous ont emmenés dans des camions, enchaînés, à genoux.
Huit heures nous marchâmes, et puis encore huit heures.
Nous suppliions et souffrions, prisonniers de la douleur.
Ils nous ont battus, piétinés, et ont dit qu’ils nous vendraient,
Nous, leurs hôtes, puisque les Américains paieraient.
Esclaves de ce siècle, nos navires sont des avions,
En partance vers le mépris, les insultes et l’humiliation.
Le respect n’existait plus, plus rien n’était sacré,
Et nous vîmes le Coran, comme nous, à leurs pieds.
Leur folie suivait sans hâte un plan minutieux :
Tortures et coups, avec l’aide des spiritueux.
Des prêtres viendraient-ils nous sauver avec leur croix ?
Pour Cuba nous partîmes, nous n’avions guère le choix.
Pendant ce temps, se poursuivaient, sans état d’âme,
La croisade de l’injustice et la guerre contre l’Islam.
Mohammed al Gharani est né au Tchad et a grandi en Arabie saoudite. Il s’est rendu au Pakistan en 2001. Il y a été arrêté à l’âge de quinze ans, puis remis aux forces américaines, qui l’ont envoyé à Kandahar, en Afghanistan. En janvier 2002, il a été transféré comme « combattant ennemi » à Guantánamo, où il est toujours détenu.
EST-IL VRAI...
Est-il vrai que l’herbe repousse après la pluie ?
Est-il vrai que les fleurs revivent au printemps ?
Est-il vrai que les oiseaux retournent toujours chez eux ?
Est-il vrai que les saumons remontent les cours d’eau ?
Est-ce vrai ?
C’est bien vrai. Ce sont des miracles.
Mais est-il vrai qu’un jour, nous quitterons Guantánamo
Est-il vrai que nous rentrerons un jour chez nous ?
Dans mes rêves, je navigue, et je vois mon foyer.
Je veux être avec mes enfants, qui font partie de moi.
Je veux revoir ma femme, et tous ceux que j’aime.
Je veux être avec mes parents, que je chéris plus que tout au monde.
Je rêve de mon foyer, je rêve d’être libéré de cette cage.
Mais m’entends-tu, ô Juge, entends-tu seulement le son de ma voix ?
Nous sommes innocents, ici, nous n’avons commis aucun crime.
Libère-moi ! Libère-nous !
Pour que la justice et la compassion continuent d’exister dans ce monde !
Usama Abu Kabir, un Jordanien détenu à Guantánamo depuis quatre ans