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Vieux 11/05/2006, 13h56
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ÉTATS-UNIS • L'impossible libération des détenus de Guantanamo Bay


Les autorités américaines semblent déterminées à réduire le nombre de détenus retenus sur la base installée à Cuba. Mais le transfert de prisonniers vers leurs pays d'origine relève du casse-tête. Courrier international vous donne l'intégralité de l'article du New York Times paru le 30 avril dernier sur ce sujet.

Les tentatives du gouvernement Bush de rapatrier un grand nombre de terroristes présumés détenus à Guantanamo Bay vers leurs pays d'origine se heurtent à la crainte que les prisonniers se voient infliger des traitements inhumains par leur propre gouvernement. Selon des sources officielles, les Etats-Unis espèrent, à terme, transférer ou libérer la plupart des 490 détenus du camp. En février dernier déjà, le Pentagone s'était déclaré prêt à rapatrier plus de 150 d'entre eux, une fois un accord conclu avec leur pays d'origine. Mais les négociations se sont révélées plus difficiles que prévu, ce qui soulève des questions sur la rapidité avec laquelle le gouvernement va effectivement réussir à réduire le nombre de détenus emprisonnés sur la base de Guantanamo Bay.

"Le Pentagone n'envisage de libérer aucun détenu dans un avenir immédiat", affirme le capitaine de corvette Jeffrey Gordon, porte-parole du ministère de la Défense. Il explique que les négociations avec les gouvernements étrangers "se révèlent être une procédure complexe, longue et difficile". A ce jour, l'armée a rapatrié un total de 267 détenus de Guantanamo Bay après s'être assurée qu'ils ne pouvaient plus lui fournir de renseignements, qu'ils ne représentaient pas une menace directe pour la sécurité ou qu'ils allaient être emprisonnés et étroitement surveillés par leur propre gouvernement. La plupart de ceux qui ont été maintenus en détention sont considérés comme "dangereux". Beaucoup viennent également de pays qui ne respectent pas les droits de l'homme et dont les systèmes judiciaires sont défaillants.

Mais les soudaines exigences du gouvernement Bush sur le traitement humain qu'il souhaite voir accorder aux détenus dans leur pays d'origine interviennent après des années de dénonciation de Guantanamo Bay comme le symbole de la brutalité et de l'hypocrisie américaines. Un fait qui n'a pas échappé aux gouvernements avec lesquels les Etats-Unis sont en train de négocier. "Il est assez ironique de voir que le gouvernement américain impose à d'autres pays des conditions auxquelles il refuse lui-même de se soumettre à Guantanamo Bay ou à Abou Ghraib", souligne un diplomate du Moyen-Orient qui tient à rester anonyme.


Selon certains responsables, ces efforts pour obtenir l'engagement que les droits de l'homme seront respectés reflètent la volonté du département d'Etat d'influer sur la politique de détention du gouvernement, alors que les Etats-Unis sont violemment critiqués pour leurs transferts secrets de présumés terroristes dans des prisons de pays connus pour pratiquer la torture. Ni le département d'Etat, qui est l'organisme en charge des pourparlers sur les rapatriements ni le Pentagone n'ont accepté de s'étendre sur le sujet. Les seuls responsables qui ont bien voulu s'exprimer l'ont fait sous couvert d'anonymat, soit parce qu'ils ne sont pas autorisés à évoquer ces tractations, soit pour éviter de perturber le bon déroulement des négociations.

A en croire leurs déclarations, les discussions ont été particulièrement difficiles avec l'Arabie Saoudite et le Yémen, deux pays dont près de la moitié des détenus de Guantanamo Bay sont originaires. Le gouvernement saoudien a été l'un des premiers à demander le retour de ses ressortissants et a entamé des négociations avec les Etats-Unis sur cette question depuis plus de trois ans. Cinq prisonniers saoudiens ont été rapatriés en mai 2003 à l'issue d'un arrangement qui, selon plusieurs officiels, pourrait servir de modèle aux futurs transferts. Mais des responsables américains ont, depuis, reconnu que ces rapatriements relevaient d'un accord secret entre les gouvernements saoudien et britannique. Aux termes de cet accord, les autorités saoudiennes ont libéré cinq ressortissants britanniques et deux autres détenus accusés de terrorisme sur des preuves qui, selon les Britanniques, étaient fabriquées de toutes pièces.

Dans un premier temps, les autorités américaines ont assuré que rien ne donnait à penser que les cinq Saoudiens rapatriés avaient été maltraités une fois de retour dans leur pays. Mais, lorsque les négociations sur les 128 Saoudiens encore en détention à Guantanamo Bay ont commencé, les entorses saoudiennes aux droits de l'homme sont brusquement apparues comme un obstacle.
Selon un rapport sur les droits de l'homme publié par le département d'Etat au mois de mars, les autorités saoudiennes ont infligé des "passages à tabac, des coups de fouet et des privations de sommeil" à des prisonniers saoudiens et étrangers. Le document mentionne également des "témoignages de coups de bâton et de suspension à des barres de métal par des menottes".



http://www.courrierinternational.com...p?obj_id=62585
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