dimanche 24 décembre 2006, 14h22
OFFENSIVE DE L'ÉTHIOPIE CONTRE LES ISLAMISTES EN SOMALIE
OFFENSIVE DE L'ÉTHIOPIE CONTRE LES ISLAMISTES EN SOMALIE
BAIDOA, Somalie (Reuters) - L'armée éthiopienne, qui défend le gouvernement intérimaire somalien retranché à Baïdoa, a lancé des raids aériens contre des miliciens islamistes en divers points du pays, prélude possible à un élargissement du conflit.
Le ministre éthiopien de l'Information, Berhan Hailu, a dit que l'opération visait plusieurs secteurs, dont ceux de Dinsoor, Bandiradley et Baladwayne ainsi que la ville de Buurhakaba, proche du siège gouvernemental de Baïdoa, dans le Sud.
COMBATS AUTOUR DE BAÏDOA
C'est la première fois que sont signalés des raids aériens et que l'Ethiopie reconnaît publiquement son engagement militaire en Somalie, dont le gouvernement de transition est encerclé par des combattants de l'Union des tribunaux islamiques (UTI) qui a pris le contrôle de Mogadiscio en juin dernier.
"Après une trop longue patience, le gouvernement éthiopien a pris des mesures d'autodéfense et entrepris de contre-attaquer face aux forces extrémistes agressives des Tribunaux islamiques et des groupes terroristes étrangers", a dit Berhan à Reuters.
Les diplomates redoutent que l'implication de l'Ethiopie en Somalie ne confirme le scénario redouté d'un nouveau conflit entre ce pays et l'Erythrée, ancienne province éthiopienne ayant acquis son indépendance en 1993.
Conflit auquel pourraient aussi se mêler des "djihadistes" étrangers susceptibles de provoquer des attentats suicides en Afrique orientale.
Berhan n'a pas fourni de précisions, mais des témoins somaliens ont dit que des avions éthiopiens avaient largué des bombes et tiré des missiles sur deux zones tandis que, pour la sixième journée consécutive, des combats faisaient rage entre forces gouvernementales et islamistes.
Un habitant, Abdirashid Hassan, a dit avoir vu des appareils éthiopiens pilonner les abords de Baladwayne, à 300 km de Mogadiscio. Un autre témoin, Farah Osman, a rapporté que deux appareils éthiopiens avaient tiré des missiles près de Bandiradley, à 700 km au nord de la capitale.
Un dirigeant islamiste, le cheikh Mahmud Ibrahim Suley, a accusé les Ethiopiens d'utiliser des avions de combat MiG et des hélicoptères. "Aujourd'hui, la guerre est livrée sur terre et dans les airs", a-t-il déclaré à des journalistes à Mogadiscio, ajoutant que les islamistes avaient détruit cinq chars éthiopiens. Il n'a avancé aucun bilan.
Chaque camp affirme avoir fait des centaines de morts dans les rangs adverses depuis que les combats ont éclaté mardi. Les agences humanitaires parlent quant à elles de dizaines de morts.
Des témoins signalent depuis des mois le déploiement de milliers de soldats éthiopiens en Somalie pour la protection du gouvernement intérimaire contre les islamistes.
L'UTI a pris en juin le contrôle de Mogadiscio et d'une grande partie du Sud en chassant de la capitale
des chefs de guerre soutenus par des pays occidentaux.
Samedi, elle a engagé les musulmans à se joindre à sa "guerre sainte" contre l'Ethiopie. Le gouvernement transitoire installé à Baïdoa est censé stabiliser un pays privé de pouvoir central depuis le renversement de Mohamed Siad Barre en 1991.
Selon des témoins, les adversaires ont commencé à s'affronter dimanche à l'aube sur quatre fronts à l'arme lourde, au mortier et à la mitrailleuse.
Les experts militaires estiment que l'Ethiopie a déployé de 15.000 à 20.000 soldats en Somalie et que l'Erythrée fournit environ 2.000 hommes aux islamistes, ce qu'Asmara dément. Addis-Abeba reconnaissait précédemment avoir envoyé quelques centaines d'instructeurs militaires à Baïdoa.
"Les combats se poursuivent dans tout le pays. Les tribunaux islamiques ont déclenché la guerre qu'ils avaient promise hier", a déclaré à Reuters le ministre somalien de l'Information, Ali Ahmed Jama, à Baïdoa. "Ils perdront cette bataille."
Un combattant islamiste qui se trouvait près du Puntland, au nord de Baïdoa, a affirmé:
"C'est désormais une guerre totale."
Des combats étaient signalés autour de Daynunay, avant-poste des forces gouvernementales à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Baïdoa. Des accrochages ont aussi eu lieu à Manas, plus à l'ouest, à Kalaber au nord et à Bandiradley, près de la frontière avec la région semi-autonome du Puntland.
De nombreux habitants en fuite étaient signalés et, de source hospitalière, on a déclaré que le personnel médical se préparait à recevoir les victimes en provenance des fronts.