vendredi 3 novembre 2006, 14h42
la mort devant la mosquée
A Beït Hanoun dans la bande de Gaza,
BEIT HANOUN, bande de Gaza (Reuters) - Lentement d'abord, puis avec assurance, le groupe de femmes voilées s'approche du mur extérieur de la mosquée Al Nassir, à Beït Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza.
A l'intérieur de l'édifice religieux, une soixantaine de combattants palestiniens sont réfugiés depuis jeudi soir, encerclés par les soldats israéliens et des chars postés à quelques centaines de mètres, derrière une levée de terre.
Répondant à un appel relayé par la radio, la cinquantaine de femmes, certaines âgées, d'autres encore adolescentes, veulent servir de "boucliers humains", s'interposer entre l'armée israélienne et les activistes, aider ces derniers à s'échapper ou, tout au moins, obtenir qu'ils puissent quitter la mosquée sains et saufs.
Alors qu'elles descendent la rue en direction de la mosquée, longeant à leur droite un mur de pierre, les soldats israéliens à leur gauche, des coups de feu éclatent, venant des positions de Tsahal.
Les femmes pressent le pas, en s'encourageant mutuellement.
D'autres balles sifflent au-dessus des têtes, les Israéliens cherchant à leur faire rebrousser chemin. Certaines font demi-tour mais la plupart continuent leur route.
En tête du cortège, plusieurs coups de feu éclatent encore et une femme portant un hidjab de couleur brune s'effondre. Près d'elle, une autre tombe, grièvement blessée.
"QUE FAIT LE MONDE?"
En hurlant, plusieurs femmes se portent au secours des blessées, dont l'une gît, immobile. Sous elle une flaque de sang s'étend lentement puis s'écoule vers le ruisseau.
"Appelez une ambulance! Appelez une ambulance!", crient les femmes, en levant les bras en signe d'impuissance. D'autres reculent, pensent à s'enfuir, puis se ravisent.
Quelques secondes plus tard, deux ambulances arrivent. La femme touchée, inerte, est emportée sur une civière. L'autre femme grièvement blessée est également emmenée. Elle mourra à l'hôpital.
Une manifestante se tourne vers une caméra de télévision: "Que fait le monde? On tue des gens ici! Ce sont des martyrs!".
Un peu plus tard, plusieurs femmes s'éloignent en emportant une autre blessée, une jeune fille dont le jean dépasse du hidjab noir.
Au milieu de la rue,
une autre tient dans ses mains un voile taché de sang. "Regardez! La cervelle d'une femme de la résistance, répandue sur son voile, regardez!", lance-t-elle aux journalistes.
Dans un hôpital voisin, des maris inquiets sont venus prendre des nouvelles. "J'ai demandé à ma femme d'aller avec les autres pour faire lever le siège de la mosquée", dit Khaled Faleh, 34 ans. "Je ne sais pas ce qu'elle est devenue."
Après douze heures de siège, les combattants palestiniens qui étaient assiégés dans la mosquée ont réussi à s'échapper avant que le bâtiment ne s'effondre. Seul le minaret a résisté.
OUI QUE FAIT LE MONDE.....???